Au-delà du référendum, qui battait son plein, hier, dans le pays, le projet de la nouvelle constitution oppose désormais deux titans de la scène publique ; le président de la transition, le colonel Assimi Goîta, chantre du « oui », et le très influent imam Mahmoud Dicko, l’ancienne autorité morale du M5-RFP, appelant à la résistance du peuple, qui sont désormais engagés dans un duel à distance qui aux conséquences inattendues. Histoire secrète d’un clash fatal ?
Ça couvait, depuis des lustres ; entre le très charismatique Imam Mahmoud Dicko, ancien leader de la contestation de rue contre le régime de feu IBK, qui a pris le soin, depuis un certain temps, d’être silencieux sur le cours des événements, et le colonel Assimi Goïta, président de la transition, c’était la méfiance la plus totale. Depuis vendredi passé, dernier jour de la campagne pour le référendum du 18 juin, c’est désormais le clash entre les deux hommes, lesquels sont aujourd’hui engagés dans un duel à mort aux conséquences imprévisibles.
Comme à ses habitudes, chaque fois qu’il prend la parole, l’imam Mahmoud Dicko, invité surprise au meeting du « non » pour le référendum, au palais de la culture, à l’appel de l’Imama, a tenu à respecter sa réputation de batailleur déterminé, habile et tranchant sur les mots, qui ne fait pas dans la dentelle, pour asséner ses vérités.
Face à ses partisans, très remontés contre le maintien de la laïcité dans le projet de la nouvelle constitution, le guide religieux a non seulement démonté les mauvaises pratiques d’une transition, qui va à sa perte, selon ses mots. Mais il n’a pas non plus manqué d’appeler le peuple à se libérer d’une dictature rampante, dont le seul fait d’armes est d’instrumentaliser la justice aux fins de brimer les citoyens et de faire taire toute voix discordantes.
De son côté, le colonel Assimi Goïta, à l’autre bout de la ville, au stade du 26 mars, où se tenait le gigantesque meeting pour le « oui », non moins invité surprise de l’événement, a cru devoir haranguer la foule des partisans, acquise à sa cause.
D’une allure martiale, en treillis militaire camouflé, le colonel Assimi Goïta, qui n’a pas l’habitude des grandes foules, a fait le tour du stade du 26 mars, en compagnie de ses gardes rapprochés, armés jusqu’aux dents.
S’il a eu le temps de saluer le gotha de la république, dressé là, comme un seul homme, le président de la transition n’a livré aucun message, en direct, se contentant simplement de lever ses bras en l’air, en direction de la foule du stade, en signe de victoire.
Le colonel Assimi Goïta a démontré à tous qu’il tient à sa chose ; le « oui » clinquant autour du vote pour le référendum, qui a eu lieu, hier, comme il le souhaitait.
A l’opposé du célèbre tribun, qui a livré un discours agressif et intrépide, en face de ses partisans, hostiles à la laïcité, le colonel Assimi Goïta, lui, n’a pas dit un mot, devant le parterre de personnalités et la foule immense de partisans, présentes au Stade du 26 mars , en ce jour de grande consécration, pour lui, adepte confirmé du « oui ».
N’empêche, entre la force de prédication du palais de la culture Hampaté Bah, incarnée par le très énergique Imam Dicko, et le silence du 26 mars, entretenu par le colonel Assimi Goîta, se dessinent désormais les côtés blasés et sombres d’une inévitable agression entre les deux hommes.
A l’évidence, l’Imam de Badalabougou, qui a affirmé qu’il ne trahira jamais ses convictions, en s’aliénant à un régime qui opprime ses citoyens, et qui scelle dans la « corruption à ciel ouvert, a donné le ton de son rejet total, et sans concession, du projet de la nouvelle constitution. Une entreprise fortement appuyée par le colonel Assimi Goïta, et pour laquelle il a montré son plus grand intérêt, en se déplaçant personnellement au Stade du 26 mars, pour y apporter son soutien.
« Si vous voulez, disposez de moi, comme vous voudriez ». Ces mots assénés, par l’orateur du palais de la culture Hampaté Bah, avec le verbe et la force de conviction qu’on lui connaît, en disent long sur sa détermination, comme il le dit, sans ambages, à ne plus se taire face aux pratiques gangreneuses de la transition qui minent le pays.
En parlant de la laïcité, comme ce mal récurrent, logé en lettres d’or dans le projet de la nouvelle constitution ; toutes choses à haïr et à combattre par les musulmans, Imam Dicko ouvre une brèche ouverte au cœur de la gestion de la transition qui va au-delà du cadre restreint d’une campagne référendaire.
A ses habitudes, comme on l’a vu, ces derniers temps, avec les procès intempestifs qui se déclenchent contre certaines voix discordantes, ou les enlèvements répétitifs qu’on a connu, le régime de la transition a durci le ton contre les supposés empêcheurs de tourner en rond.
En sera-t-il le cas, pour l’imam Dicko, qui a dit en face de tout le monde qu’il n’a pas peur de se faire arrêter ? Le colonel Assimi franchira le rubicon, en décidant d’interpeller l’imam Dicko qui est aujourd’hui déterminé à se faire entendre sur les sujets brûlants de la nation ?
On le voit plus clairement, la tension a monté d’un cran entre la transition du colonel Assimi Goïta et l’imam Dicko, ancien mentor du M5-RFP, autour du projet de la constitution, et dont les enchaînements pourront bien être décisifs pour le reste du temps qui reste à la transition.
Oumar KONATE
