C’est une décision du gouvernement de la transition qui l’instaure : l’augmentation de la taxe sur l’accès au réseau des télécommunications ouvertes au public (Tartop) de 5 % à 7 %. Un petit bémol ? La mesure qui devrait entrer en vigueur le 1er mars se bute, encore une fois de plus, à des difficultés insurmontables pour son application. Cette fois-ci, ce qui est en cause, c’est bien le manque de collégialité gouvernemental effarant. En plus, d’une communication boiteuse. Explication…
Au sujet de l’augmentation des nouvelles taxes sur les télécoms et le mobile money, décidée récemment par le gouvernement, la polémique est plus que vive au sein de l’opinion publique. Celle-ci croît comme fer qu’une telle mesure brutale, pour être applicable à l’état, avait besoin d’épouser certaines conditions. Il s’agit notamment de la réduction drastique des avantages et émoluments des responsables des institutions, la limitation de la décision dans le temps et dans l’espace.
Autre facteur crucial qui manque : travailler en amont pour l’adhésion de tous les membres du gouvernement au projet. En plus, en pareil cas, le timing compte beaucoup pour la réussite de la chose. Malheureusement, il y fait défaut !
Comme on s’en aperçoit, tout cela manque cruellement. Et pour un meilleur casting, le projet ne peut être que vacillant. Voilà, on parle ici de l’aspect stratégique de la chose.
Évoquons maintenant le contour environnemental du projet. L’augmentation de la taxe est intervenue pendant que le citoyen lambda constate avec amertume que rien, absolument rien, n’a changé dans le train de vie des institutions qui est à la limite démesuré. A titre d’illustration : un aperçu sur la dernière session budgétaire du Conseil national de Transition (CNT) fait nettement apparaitre que tous les budgets des institutions ont grimpé. Sans aucune exception !
Pour ne rien arranger dans l’architecture chaotique dudit projet d’augmentation de la taxe sur les télécoms, constate-t-on au fil du temps, une monstrueuse cacophonie est venue se greffer dans la gestion, déjà confuse de ce dossier au sein du gouvernement.
Une confusion d’autant grave que le dossier relatif à l’augmentation de nouvelles taxes n’a pas de porteur institutionnel, comme on le dit, et comme la pratique gouvernementale éclairée le commande. Voilà donc la conséquence désastreuse qui s’en dégage : aucune mobilisation concertée des membres du gouvernement n’est visible autour du projet.
Du moins, tel un jeu de cirque, on ne sait pas très bien qui du ministre de l’économie et des finances, ou du Premier ministre, en est le véritable porteur institutionnel, tant la cacophonie est de mise, depuis que la décision est annoncée.
Tout le projet se déroule dans un amateurisme ambiant où la collégialité fait gravement défaut autour du projet. Sur la structuration de la chose, on assiste dangereusement à un jeu de ping-pong qui semble être la règle de répartition des compétences gouvernementales dans l’articulation du projet. Il n’est donc pas surprenant que dans un tel cafouillage, chacun des responsables gouvernementaux continue à se jeter les responsabilités les uns des autres.
Que dire alors de l’adhésion populaire à cette mesure gouvernementale ? Il faut reconnaître qu’elle est inexistante. Une frange très importante de la population ne veut pas en entendre parler. A côté de ce désintérêt populaire, il y a également une sorte de désunion gouvernementale qui est décriée, selon certaines indiscrétions. En voici la preuve : on rapporte dans les coulisses que le ministre de l’économie certes, favorable pour la taxation de 1% sur les opérations de retrait d’argent, via le mobile money, ne serait pas acquis pour le cas relatif à la consommation des services commerciaux des communications téléphoniques. Dans le même temps, d’autres sources tentent de faire croire que le Premier ministre, lui, ne serait porté que pour l’augmentation des taxes sur l’alcool et les entreprises.
Manque de communication et silence coupable
Autre goulot d’étranglement : le projet souffre d’un manque criard de communication. Il existe une opacité totale sur de nombreux aspects structurels liés à la mesure gouvernementale. Après ce nouveau report dans l’application, on se sait plus exactement la date de son entrée en vigueur. Tout demeure méconnue par l’opinion publique qui se contente désormais des rumeurs colportées sur les réseaux sociaux pour se faire une idée de la chose.
C’est donc au gré des humeurs des influenceurs, officieux et officiels, sur les réseaux sociaux, que le citoyen lambda vit au rythme de l’applicabilité des nouvelles taxes.
Le citoyen lambda désabusé face à cette manipulation sur les réseaux sociaux attend désespérément un communiqué officiel, qui ne vient toujours pas, pour être fixé sur son sort.
Faut-il le préciser, pour ces nouvelles taxes, il s’agit de : pour chaque recharge de 1000 F CFA, le consommateur recevra 900 F CFA de crédit, soit une retenue de 10 %. Concernant les transactions de mobile money, le client paiera des frais de retrait de 200 F CFA pour un montant de 10 000 F CFA, contre 100 F CFA précédemment, ce qui correspond à une augmentation de 1 % pour l’opérateur et de 1 % pour l’État.
Oumar KONATE
