L’hivernage s’installe alors que les paysans ne sont pas informés sur le prix du kilogramme du coton que le gouvernement leur propose chaque année. Cette situation risque de jouer sur l’engagement des producteurs dont la seule motivation est le prix d’achat du coton bord, champ. En attendant que les plus hautes autorités réagissent, les nouvelles sont bonnes au sujet de la capacité de lutter contre le fléau qui a affecté les cotonniers l’hivernage passé.
Le Mali a perdu d’ailleurs sa place de premier pays producteur africain de coton graine avec seulement 389 000 tonnes à cause de plusieurs facteurs cumulés. Il y avait l’embargo de la Cedeao de janvier à juillet 2022, ce qui a occasionné le retard dans la mise en place des engrais car les intrants maliens étaient bloqués au niveau du port autonome d’Abidjan
et celui de Dakar. En plus de cela, il y a eu les invasions massives inattendues des insectes jassides sur le cotonnier. Autre problème : les nombreux de cas d’inondations de champs cotonniers. Mais il y a une nouvelle donne avec la maitrise du traitement des ravageurs. Cette année, les autorités se sont fixé les mêmes objectifs de production cotonnière qui étaient de 780.000 tonnes de coton graine en 2022-2023. Les acteurs du monde rural sont déterminés à reconquérir la première place du classement africain en 2023-2024. Ces imprévus expliquent la chute de la prévision de production 2022-2023 à 389 000 tonnes contre un projet initial de production de 780000 tonnes. Le président du conseil d’administration de la Compagnie malienne pour le développement des textiles, Cmdt, holding, Dr Nango Dembélé, a annoncé mercredi 24 mai 2023, à la fin des travaux de la session du 98ème du conseil d’administration, que des résultats positifs ont été enregistrés suite aux tests de produits insecticides contre les insectes jassides. Il a affirmé que le Mali ne connaîtra pas probablement d’attaques jassides sur le cotonnier lors de la campagne cotonnière 2023-2024 qui se prépare activement. Cela va en principe rassurer les cotonculteurs, qui sont encore dans le stress des souvenirs de la campagne écoulée. Ils
ont été fortement associés aux tests réussis avec un produit destiné à vaincre désormais les jassides. Ces tests ont été positifs selon Dr Nango Dembélé : » J’ai instruit moi-même que ces tests, en plus d’être positifs sur les cultures maraîchères, soient effectués
également sur les pépinières cotonnières ».
Pour les perspectives de la prochaine campagne cotonnière, Dr Nango Dembélé dira que l’objectif de production est de 780 000 tonnes. « La Cmdt a reconduit les mêmes objectifs en prenant des dispositions contre les jassides. Nous sommes confiants qu’avec les nouveaux
insecticides nous n’aurons probablement pas les mêmes problèmes que lors de la dernière campagne cotonnière. Et les paysans sont rassurés par ces insecticides », a-t-il évoqué. Il a
ensuite salué les efforts des cotonculteurs et ceux des opérateurs économiques. Grâce aux efforts des opérateurs économiques, la Cmdt a pu dépasser à près de 70% l’approvisionnement au niveau du complexe coton et près de 60% pour l’urée qui constitue un facteur limitant dans la production cotonnière. La 98e session du conseil d’administration de la Compagnie malienne pour le développement des textiles a permis au président du conseil d’administration de soumettre aux administrateurs généraux et aux actionnaires l’examen des états financiers de la Cmdt et le bilan au titre de l’exercice 2022. Il ressort de
l’examen de ces documents qu’en 2022, les chiffres des états financiers de l’exercice clos le 31 décembre 2022 dégagent comme chiffre d’affaires 315,521 milliards de FCFA, avec un résultat net de 10,564 milliards FCFA pour un bilan total de 269,131 milliards FCFA.
« Par rapport à 2021, nous sommes en préposition de prêt de 50% parce qu’en 2021, on avait un résultat net de 5 milliards de FCFA. On a progressé, on est à 10,564 milliards FCFA. Cela est lié principalement à la production records 2021-2022 par ce qu’on a vendu
un stock en 2022 qui est venu améliorer nos résultats malgré les difficultés rencontrées en 2022-2023 », a expliqué Dr Nango Dembélé. Les regards sont tournés vers le Président de la Transition, colonel Assimi Goïta, président du Conseil supérieur de l’agriculture. Il
doit annoncer les nouveaux prix au kilogramme du coton graine auprès des paysans. Ces derniers attendent avec impatience la publication officielle des prix du coton graine. La hausse du prix du kilo de coton va encourager les producteurs pour redonner au Mali sa première place de pays producteur de coton graine en Afrique de l’Ouest en 2023-2024.
Le plus grand défi du ministre du Développement rural est d’arriver à vaincre les insectes ravageurs et les maladies qui s’attaquent aux cultures. Cette espèce nuisible a causé des dégâts importants chez les producteurs de coton. Mais la réponse doit être au-delà du Mali,
puisque la même espèce a perturbé la production du coton dans les autres pays de l’ouest africain comme le Togo, le Sénégal ou encore le Bénin. On sait que le coton joue un grand rôle dans l’économie malienne comme source de devises étrangères après l’or. Selon les
responsables du monde rural, l’espèce est déjà connue au Mali et dans le reste de l’Afrique.
Mais le drame de la campagne passée est que les paysans ont eu à faire à une variété nouvelle qui résiste aux traitements jadis utilisés pour combattre le danger. Selon les experts, les espèces de jassides les plus fréquentes étaient facilement maîtrisables contrairement à la variété actuelle. Leurs populations sont fort heureusement limitées
par la pilosité foliaire des variétés cultivées. Les paysans maliens ont pu réaliser les plus grandes superficies de coton que le Mali ne soit jamais parvenu à faire. Les autorités ont pu emmener dans les coopératives les plus grandes quantités d’engrais que le Mali n’avait
jamais connues. En termes de gestion de la fertilité des sols pour la durabilité de la
production, les autorités ont apporté aux paysans les plus grandes quantités d’engrais organiques et de bios stimulants que le Mali n’avait jamais connus. Mais ce sont les ravages du cotonnier par les jassides exacerbés par humidité abondante. Pour la première fois, le
prix du coton par kilo avoisine 300 FCFA, ce qui représente une manne financière pour les paysans. La volonté est de donner au paysan l’envie de cultiver le coton et l’opportunité de sortir de la pauvreté. Rien qu’en 2021, les paysans de la région de Kita ont
empoché 20 milliards de bénéfice après avoir payé leurs dettes aux banques qui prêtent de l’argent pour la campagne agricole. C’est du jamais vu, selon certains observateurs qui estiment qu’aucun projet ne peut investir autant d’argent dans une communauté au Mali.
Madou COULOU
