Incontournables dans l’économie malienne, les producteurs et collecteurs des produits locaux, notamment le karité, sont pourtant les parents pauvres d’un système économique. Dans cet univers économique, trop marqué par l’informel, les tentatives de briser les prix des produits font légion. Heureusement, pour le salut des producteurs locaux, des voix fortes s’élèvent pour faire arrêter l’hémorragie. Kadia Lah, la brave dame du monde rural, est l’une de ces voix fortes qui se bat au quotidien pour éviter la saignée de ce secteur économique.
Dans la sous-région, après le Burkina, c’est le Mali qui vient en tête de l’exportation de l’amande et de beurre de karité. Une prouesse économique mal assumée par le monde rural qui peine à retrouver ses marques. Selon les statistiques disponibles, le mastodonte sous-régional dispose d’un potentiel important, évalué à près de 74 millions de pieds. Un chiffre record qui fait du Mali le plus grand potentiel de pieds de karité du continent. Le karité devient alors, on le voit, le premier produit de cueillette du pays avec une production estimée aujourd’hui à plus de 800 000 tonnes d’amandes par an.
Pour plus de compétitivité, en vue d’améliorer la chaîne de valeur de commercialisation, le gouvernement n’avait d’autre choix que d’organiser le secteur pour une meilleure rentabilité économique.
L’usine SDA de l’international malien, Seydou Keïta, est née de cette nouvelle perspective de redynamisation économique. Le hiatus est qu’elle s’est invitée dans le secteur sur fond de polémique autour du prix du kilo de l’amande de Karité.
Tout début en matière de relance industrielle ou économique étant difficile, l’usine SDA n’a pas fait exception. Intéressée par le karité, le sésame, Soja et l’arachide, pour son approvisionnement industriel, l’équipe de SDA a semble-t-il manqué de pédagogie dans sa démarche commerciale, notamment au niveau de sa fourniture en amande de karité.
Voilà, dans les faits, comment, dans le milieu, on explique, les difficultés réelles de l’usine de l’international malien qui aura manqué d’approche de partenariat conséquent, librement discuté avec les producteurs locaux.
Kadia Lah, la patronne du Collectif des commerçants et exportateurs de Karité, de Sésame, de Soja et de l’arachide, qui a accepté de nous recevoir, sait de quoi elle parle. Dans les détails, elle explique ce qui a fait échouer l’approvisionnement de l’usine de Seydou en Karité.
Selon elle, au départ, l’interprofession karité a été sollicitée pour échanger sur le mécanisme de collaboration avec SDA. Cette rencontre, dit-elle, a enregistré la participation d’une cinquantaine d’acteurs de la filière. Au cours des discussions, il a fallu la présence du promoteur de l’Usine, son conseiller, M. Doucouré et des responsables chargés du commerce et de l’industrie. Pendant cette ultime négociation, évoque-t-elle, nous avons proposé à Seydou Keïta 325 F/le kg contre 400f pour les partenaires internationaux.
Rien n’y fut : il a refusé cette offre exprimant sa volonté d’acheter le kilogramme à 150F. Pourtant, dit-elle, Seydou a effectué « les tests de son usine avec nos échantillons ».
«Nous avons été étonnés par le refus de Seydou Keïta d’acheter le kilogramme d’amande de karité à 325, car nous vendons le Kg à nos partenaires blancs à 400 F. Là où ces derniers transportent la marchandise, paient les frais aux ports et parviennent à se faire des bénéfices, Seydou, qui ne fait rien de tout ça, doit pouvoir se tirer d’affaires. Lors d’une autre rencontre sur le même sujet, au téléphone, il a promis de faire fermer les frontières pour que les produits ne puissent pas sortir afin de les avoir à un prix qui lui convient. Comme annoncé, le 03 octobre, on a appris la décision d’un arrêté interministériel d’interdiction d’exportation de l’amande de karité, de sésame, de Soja et de l’arachide », a déclaré la cheffe de du Collectif des commerçants et exportateurs de Karité, de Sésame, de Soja et de l’arachide.
Le hic dans cette histoire, s’indigne-t-elle, « c’est la décision d’interdiction d’exportation des produits concernés pendant que 70 chargements de camions avaient déjà quitté Bamako, le 1er octobre. Malgré l’existence des tickets de sortie, ces camions ont été interceptés et interdits de franchir les frontières. Une situation qui a engendré la perte des dizaines de millions de FCFA ».
Pour Kadia Lah, « il est apparu clairement que le ministre de commerce ne connaissait rien dans la commercialisation de Karité. Seydou Keïta non plus n’avait pas une parfaite maîtrise du secteur. Son conseiller Doucouré semblait également être égaré. Car, celui-ci imaginait que l’amande de karité est un produit sans valeur qu’on ramassait facilement dans la brousse ». Dans cet égarement, poursuit-elle, « il avait même proposé à l’usine d’engager des femmes rurales en raison de 50 000f par mois pour ravitailler leur Usine ».
Pour la patronne de la filière karité, si la démarche de Seydou Keïta avait été correcte, la mobilisation de l’amande de karité pour les besoins de son Usine, estimée à seulement 70 000 tonnes, ne posait aucun problème. Car, les acteurs de la filière ont une capacité de stockage de 800 000 à 1 million de tonnes par an. Pour être en harmonie avec le marché, précise-t-elle, il suffit que Seydou Keïta accepte de mettre le prix.
Toutefois, « après ces tractations, souligne-t-elle, la rencontre entre la DGCC et l’interprofession ont convenu sur les prix plancher suivants : 350 Fcfa le kg d’arachide, 600 Fcfa le kg de sésame et 350 f le kg de l’amande de karité ».
A l’en croire, «si on casse le prix de l’amande de karité, les femmes ne vont pas se donner à fond. Ce qui sera préjudiciable pour l’économie nationale. Car la filière karité emploie 5 à 8 millions de personnes. Nous accordons plus de 105 milliards de nos francs au monde rural pour l’achat de l’amande de karité ».
D’ores et déjà, Kadia Lah laisse entendre qu’elles n’ont pas pu travailler pendant cette campagne 2024-2025 à cause de cette situation qui a complètement fragilisé le secteur.
S’agissant de l’arachide, la production évaluée est de 500 000 à 600 000 tonnes par an, soit une mobilisation de 300 milliards de francs CFA avec la création de 7 à 8 millions d’emplois.
Quant au Sésame, la production varie de 50 000 à 100 000 tonnes par an pour une mobilisation de 40 à 80 milliards de nos francs.
« Nous avons été de toutes les foires du monde pour promouvoir notre karité. Si après tant d’efforts, ces partenaires partent, c’en est fini pour le Mali », a averti Kadia qui sait par ailleurs les énormes avantages commerciaux et financiers qu’offrent ces produits à l’économie du pays.
La décision de saisi de l’amande de karité de Kadia Lah devant le tribunal de la commune III
Cette dame au charbon pour sauvegarder l’intérêt collectif des acteurs et commerçants de l’amande de karité se sent lésée et abusée par les autorités en charge du commerce, notamment la DGCC. Voici les faits : selon elle, en violation des textes, cette direction centrale a procédé à la saisine de 2 000 tonnes d’amandes de karité d’une valeur de 700 millions de francs CFA. Avant de découler tout ce tonnage, après saisie conservatoire, à la vente aux enchères au prix de 350 f le kg à la société «Malishi». Un énorme gâchis financier et commercial, selon les acteurs du secteur.
Autour de cette affaire judiciaire explosive, on s’attend à ce que la semaine soit décisive pour un règlement judicieux de la procédure.
Oumar KONATE
