On a demandé en vain au gouvernement de prendre des mesures nécessaires pour ravitailler les grandes villes en denrées de première nécessité. Malheureusement, le Premier ministre et ses ministres sont restés sourds aux conseils. Même les banques de céréales que l’on rencontrait partout ont disparu. Or, ces magasins permettaient de mettre les produits céréaliers à l’abri de la spéculation. Pour mettre fin au cycle infernal de la vie chère, Assimi Goïta doit rapidement prendre les choses en main comme il l’a fait lors de la rédaction de l’avant-projet de Constitution.
Beaucoup de gens estiment qu’on a aujourd’hui toutes les preuves que les hommes mis en place pour répondre aux besoins des Maliens en matière de ravitaillement en produits moins chers ont trahi la cause nationale. Et ce sont les ministres chargés de ces questions qui sont pointés du doigt. L’un d’entre eux est le ministre du Commerce qui a choisi de tourner le dos aux opportunités offertes au Mali.
Depuis deux ans, les Maliens n’arrivent pas à se procurer le gaz butane à moindre coût, alors que le Mali a signé un accord commercial avec un des pays qui produisent plus de la moitié du gaz et du pétrole du monde entier. Il s’agit de l’Iran. La cherté et la rareté du gaz est un scandale qui incombe au ministre du Commerce. Malgré les offres iraniennes, le ministre du Commerce préfère entretenir les réseaux d’approvisionnement dirigés par des opérateurs économiques qui ne travaillent que pour les firmes internationales. Les Iraniens n’arrivent pas à avoir des répondants du côté des autorités maliennes pour acheminer du gaz et du pétrole vers le Mali.
Les stations d’essence et de gaz sont ainsi privées de produits iraniens que le Mali pourrait avoir à des prix concurrentiels. En laissant l’approvisionnement du pays aux firmes internationales, le ministre du Commerce participe à l’asphyxie du peuple, organisée par des puissances néocoloniales. On sait que les importateurs travaillent avec des devises étrangères, notamment le dollar américain et l’euro. Or, les Etats-Unis et leurs alliés imposent des restrictions d’échange de ces devises avec des pays comme l’Iran. Il appartient donc au ministre du Commerce et au ministre de l’Economie et des Finances de trouver des alternatives au problème de devises.
En attendant que le Mali ne dispose de sa propre monnaie, les autorités peuvent bel et bien trouver des arrangements avec les autorités iraniennes et de la Russie, deux pays frappés par des sanctions commerciales occidentales. L’une des alternatives est de permettre à l’Etat d’acheter les produits pétroliers pour les revendre ensuite aux consommateurs. Ainsi, les réserves d’or du pays peuvent servir de monnaie échappant aux sanctions commerciales. Une autre solution est de revenir à la vieille bonne méthode utilisée par Modibo Keïta, premier président malien.
Cette méthode s’appelle le clearing ou encore échanges compensés. Il s’agit d’échanger les produits agricoles avec les produits dont le pays a besoin. Modibo Keïta avait rapidement doté le Mali d’usines, d’avions et de produits pétroliers en utilisant ces échanges compensés avec des pays de l’ancien bloc soviétique en un temps record. Les Iraniens qui importent des arachides, du riz et des sésames peuvent bien profiter des fruits du travail des paysans maliens en contrepartie du gaz et du pétrole. Ce travail doit être fait par les ministres d’Assimi Goïta.
Dans ce contexte, les échanges se renforcent entre le Mali et la Russie. A peine rentré de sa visite à Ségou, le président de la transition Assimi Goïta a annoncé une conversation téléphonique avec le président russe, Vladimir Poutine. Mais dans l’annonce de la présidence malienne sur internet, rien n’a fuité de ce que les deux chefs d’Etat ont dit. Mais des indiscrétions font savoir que le président de la Transition et Poutine ont discuté mercredi des relations bilatérales, en l’occurrence des relations commerciales et économiques. Cela a été confirmé par l’ambassade russe à Bamako dans un communiqué.
L’ambassade de Russie au Mali a indiqué que les deux chefs d’Etat ont discuté des questions d’actualité de la coopération bilatérale dans les domaines d’intérêt mutuel. Une attention particulière a été accordée aux relations commerciales et économiques, notamment aux livraisons de blé, d’engrais et de carburant russes au Mali, selon le communiqué. Assimi Goïta a remercié Vladimir Poutine pour l’aide humanitaire qu’il a apportée, ainsi que pour l’aide apportée à la sécurité, à la neutralisation de la menace terroriste et à la stabilisation de la situation au Mali.
Le colonel Goïta s’est dit satisfait de son entretien téléphonique avec le chef du Kremlin. « Nous avons eu des échanges directs et sincères sur des sujets d’intérêt commun et sur notre volonté de renforcer nos relations diplomatiques, économiques et sécuritaires », a écrit le président de la transition malienne sur son compte Twitter. Les deux pays ont vu leurs relations se renforcer au cours des deux dernières années, notamment depuis la rectification de la transition le 24 mai 2021 et le retrait des forces françaises de l’opération Barkhane courant 2022.
Il y a une urgence d’accélérer les choses en matière commerciale et économique entre le Mali et la Russie. Les Russes semblent tirer les leçons de certaines critiques concernant les difficultés que Bamako a pour avoir des produits russes. Le Mali a atteint une situation de crise économique qui pouvait être évitée si les produits pétroliers et le gaz russes étaient acheminés au Mali à temps. C’est tout récemment qu’une livraison de produits alimentaires russes vient d’arriver au port de Conakry.Ce qui signifie que les Maliens n’ont pas bénéficié de ces produits dont l’arrivée a été annoncée en 2022.
Nampaga KONE
