Tout n’est pas rose dans le domaine de l’urbanisme au Mali, notamment dans les grandes villes comme Bamako. C’est surtout le patrimoine de l’Etat qui est au cœur des débats, notamment le sort des bâtiments publics. Mais les nouvelles sont bonnes à en croire les derniers chiffres fournis par les autorités compétentes. Ainsi, le ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat, des Domaines, de l’Aménagement du Territoire et de la Population a dévoilé, le 10 mai 2023, une partie du rapport d’étape du recensement et de l’évaluation des bâtiments publics dans le District de Bamako.
Rappelons que dans le cadre de la mise en place du sommier du patrimoine bâti de l’Etat, la Direction Générale de l’Administration des Biens de l’Etat a poursuivi le recensement et l’évaluation des bâtiments publics, y compris les logements administratifs, dans le District de Bamako. Les travaux ont porté sur le reliquat des bâtiments non évalués en Commune 1 et 2, et une partie des bâtiments de la Commune 3 du District de Bamako.
Les bâtiments des Sociétés d’Etat, des Organismes personnalisés et des collectivités n’ont pas été pris en compte du fait que ceux-ci disposent d’une autonomie de gestion. Selon le ministre, les fiches de recensement font ressortir, en plus de la valeur des parcelles, les évaluations des investissements en ce qui concerne les bâtiments, la clôture, les aménagements de la cour et autres ouvrages connexes.
A en croire le gouvernement, suite à cette opération, 69 concessions, regroupant 1000 bâtiments ont été enregistrées. Ce patrimoine a été évalué à 25 milliards 31 millions 654 mille 771 francs CFA pour le coût total des investissements et 1 147 milliards 441 millions 988 mille 500 francs CFA pour le coût des parcelles.
Il est prévu également l’évaluation du reste des bâtiments de la Commune 3, ainsi que ceux des Communes 4, 5 et 6 dans le District de Bamako et la poursuite de l’opération d’évaluation des bâtiments dans plusieurs régions du pays.
Ces opérations permettront la constitution du fichier centralisateur des biens de l’Etat et l’élaboration des fiches matricules des propriétés immobilières, conformément aux règles de la comptabilité matières.
Toutefois, il faudra noter que tout n’est pas rose dans ce secteur devenu un problème pour tout dans le monde. Au Mali, la justice a été saisie sur la vente des immeubles de l’Etat à des commerçants et opérateurs économiques.
Les anciens ministres Mohamed Aly Bathily, Moussa Mara et David Sagara étaient aux affaires lorsque la plupart des bâtiments ont été bradés, apprend-on de certaines sources proches du dossier. D’autres indiquent que plusieurs bâtiments ainsi bradés sont actuellement en location pour loger les services de l’Etat à plusieurs centaines de millions de CFA par an. On se souvient que sous la transition intervenue après le coup d’Etat de 2012, le ministre du Logement, de l’Urbanisme et des Affaires foncières David Sagara, a émis un mandat le 25 juillet 2013 pour la vente des bâtiments publics de l’Etat.
En 2014, sous le premier gouvernement d’IBK, le ministre de l’Urbanisme et de la Politique de la ville était Moussa Mara. Selon certaines sources, les premiers contrats ont été établis à cette époque pour la vente des édifices de l’Etat. La commission mise en place a été dirigée par le directeur de l’ACI au moment des faits, Kalifa Sissoko. En outre, plusieurs sources indiquent que les expertises effectuées par l’ACI pour établir les contrats de vente étaient fausses. Si Moussa Mara n’est pas responsable de la vente des immeubles sous son autorité, il a été témoin par le fait qu’il dirigeait le département tutelle.
Par ailleurs, les ventes se sont échelonnées sur plusieurs années, une période qui a vu d’autres personnalités politiques arriver au département de tutelle. Certains bâtiments ont ainsi été vendus lorsque Me. Mohamed Aly Bathily était ministre des Domaines de l’Etat. Hormis David Sagara, aucun des ministres de tutelle n’a eu des ennuis à cause de la vente des immeubles en question.
A en croire des experts, les prix de vente ont été réduits au 1/5 du prix réel des bâtiments contre le reversement de plusieurs millions à des tierces. On rapporte qu’à l’époque de nombreux fonctionnaires ayant fait partie des commissions de cession ce sont faits des fortunes.
D’autres indiscrétions affirment que pour échapper aux impôts, les bâtiments vendus ont été maintenus sur la liste des patrimoines de l’Etat. Par ailleurs, certains sont loués à l’Etat pour abriter des services publics. Les enquêtes piétinent sur le dossier qui est devant la justice. En attendant, on cite une quinzaine d’opérateurs économiques du pays ayant bénéficié de la vente au rabais de ces immeubles.
Madou COULOU
