La ministre des Transports et des Infrastructures, Madina Sissoko, vient d’ouvrir un chantier scientifique, au moment où des fausses coordonnées géographiques sont introduites dans un rapport accablant le Mali par les Nations Unies. Sur le rapport du ministre des Transports et des Infrastructures, le Conseil des ministres a adopté le 18 mai 2023 un projet de décret portant institution d’un Référentiel géodésique en République du Mali. Cette décision participe au débat sur les enjeux de l’utilisation des coordonnées géographiques erronées dans un rapport visant à ternir l’image des autorités du pays.
A en croire le gouvernement malien, les systèmes de référence géodésique fournissent les coordonnées planimétriques et altimétriques des points géodésiques servant de références et de contrôles aux opérations permettant de représenter au mieux la taille et la forme des éléments du paysage. Le Mali, en vue de réaliser les systèmes d’information géographique et de cartographie a utilisé plusieurs références géodésiques. Mais avec l’avènement des nouvelles technologies d’observations spatiales et l’utilisation du GPS, le réseau fut densifié sur une grande partie du territoire national avec l’utilisation de différents systèmes de référence et la possibilité de passage d’un système à un autre.
Devant cette situation qui est préjudiciable aux objectifs de cohérence des données, en vue d’harmoniser la gestion de l’information géographique pour tous ceux qui produisent ou utilisent une telle information, l’adoption d’un référentiel géodésique est nécessaire.
Le projet de décret adopté institue un référentiel géodésique en République du Mali constitué du référentiel géodésique planimétrique dénommé Réseau Géodésique de Référence du Mali et du réseau altimétrique constitué par les repères du Nivellement Général du Mali”.
L’utilisation de ce référentiel géodésique permettra le bon positionnement des détails du paysage et la localisation précise des investissements et leur évaluation.
Dans le rapport des Nations Unies sur des supposés crimes commis par les militaires maliens et leurs partenaires russes, il y a des coordonnées géodésiques fausses. Les vérifications ont montré que les coordonnées correspondent à la République démocratique du Congo. Le problème essentiel de la géodésie consiste à définir par des nombres (angles et distances) les positions relatives des points de repère. Ces points géodésiques sont matérialisés par des mires installées sur les sommets et les clochers, ou par de simples bornes.
Du point de vue mathématique, le problème est complètement résolu si l’on dispose de mesures d’angles et de longueurs assez nombreuses pour déterminer les triangles formés par les points et les dièdres qui permettent de fixer les altitudes relatives des différents plans. Mais il est nécessaire de rapporter ces mesures à un système de trois axes. Il faut substituer à la surface physique réelle de la Terre, avec ses montagnes et toutes ses variations de terrain, une surface théorique facile à définir géométriquement au moyen de quelques paramètres et, surtout, facile à déterminer expérimentalement en chaque endroit où l’on en a besoin. Ça ne peut être une sphère puisque la Terre n’en est pas une parfaite. C’est là qu’intervient la notion de verticale qui est facile à définir partout grâce à un fil à plomb. Le point où cette verticale rencontre la sphère céleste s’appelle le zénith.
Le plan qui lui est perpendiculaire permet de définir l’horizontale et il est donné par la surface d’un liquide au repos. La verticale en un point est la seule donnée géométrique qui soit absolue, c’est-à-dire indépendante des points voisins. La surface terrestre théorique devra donc être perpendiculaire, en tout point, à la verticale. Mais il y a une infinité de telles surfaces de niveau, parallèles entre elles. On choisira celle qui vient se raccorder, le long du littoral, à la surface de la mer. Un nouveau problème se pose alors : le niveau de la mer change et il faut donc déterminer son niveau moyen qui servira de zéro. Cette détermination s’effectue grâce à un appareil appelé marégraphe. Cependant rien ne nous dit que tous ces zéros, obtenus en divers points de la Terre, appartiendront rigoureusement à la même surface de niveau.
Par conséquent, il faut choisir un point origine, sur la côte ou non, et prendre comme surface de comparaison la surface de niveau définie de proche en proche par l’ensemble des verticales et qui passe par cette origine. Cette surface de niveau, qui se rapproche le plus possible de la surface des mers, s’appelle le géoïde. C’est également la surface équipotentielle du champ de pesanteur terrestre en rotation. Le géoïde a été introduit en 1873 par le mathématicien allemand Johann Benedict Listing. Mais cette surface empirique est irrégulière et peu accessible au calcul.
La Terre est un solide de révolution un peu aplati aux pôles. On substitue donc au vrai géoïde une approximation donnée par un ellipsoïde de révolution, facile à définir mathématiquement à l’aide de deux paramètres (le grand et le petit axe), mais dont les écarts verticaux par rapport au géoïde peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres dans un sens comme dans l’autre. La principale conséquence de ces différences est d’introduire un écart entre la normale en un point de l’ellipsoïde et la normale au même point du géoïde (la verticale). Cet angle s’appelle la déviation de la verticale. Cette déviation est faible mais peut cependant atteindre des valeurs non négligeables dans les zones montagneuses et les zones volcaniques. Cependant, elle ne dépasse jamais 100’’ et, en France, elle est inférieure à 15’’. Les observations faites par rapport à la verticale doivent donc être corrigées de cette déviation pour être ramenées à la normale à l’ellipsoïde.
Selon les experts, la relation étroite entre géodésie et astronomie de position et l’existence d’un axe de rotation stable pour la Terre ont conduit à l’adoption d’un système de coordonnées géographiques. La colatitude d’un point est l’angle de la verticale avec la droite parallèle à l’axe de la Terre. Un parallèle est le lieu des points ayant même colatitude. Le parallèle qui passe par les points de colatitude égale à 90 degrés s’appelle l’équateur. Il sert d’origine au repérage des latitudes.
Les parallèles sont donc des cercles de plus en plus petits qui ceinturent le globe de l’équateur aux pôles. Un plan méridien est un plan formé par la verticale, donnée par le fil à plomb, et la droite parallèle à l’axe de rotation de la Terre. Les méridiens sont des grands cercles de la Terre passant par les pôles. Comment savoir si deux points sont situés sur le même méridien ? La réponse à cette question majeure est simple : l’ombre. La longueur de l’ombre d’un bâton, le gnomon, planté verticalement dans le sol change avec l’heure.
L’ombre la plus courte s’appelle l’ombre méridienne car on l’observe quand le Soleil passe au méridien du lieu. Sa hauteur au-dessus de l’horizon est alors la plus grande possible; c’est le midi vrai. Au nord du Tropique du Cancer, l’ombre méridienne est orientée du Nord (sommet du piquet) au Sud (pied du piquet). Si deux points sont sur le même méridien alors leurs ombres sont alignées ; elles suivent le méridien. La différence de longueur des ombres méridiennes de deux bâtons identiques situés sur le même méridien permet de connaître l’angle de l’arc qui les intercepte.
Oumar KONATE
