Alors que la concurrence fait rage entre les compagnies aériennes, Air France a surpris tout le monde en envisageant une nouvelle suspension de ses vols vers Bamako. Peu de temps après cette annonce qui aurait dû inquiéter les professionnels, une autre compagnie aérienne française, Corsair, envisage de reprendre la ligne Paris-Bamako pour la saison estivale. Cette compagnie profite ainsi de la décision récente d’Air France d’éviter le ciel malien après l’annonce de l’existence d’un système de défense anti-aérienne par l’armée malienne.
Certains estiment qu’Air France qui annonce pour la deuxième fois son retrait de la ligne Bamako-Paris laisse une chance à d’autres compagnies qui pourraient profiter de la situation. Chaque fois que les relations se sont dégradées entre Paris et Bamako, Air France suit les instructions de boycott. En 2022, elle a ainsi coupé le pont avec Bamako en solidarité avec l’embargo économique et financier de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa).
La compagnie a repris ses vols peu après, avant même la fin de l’embargo. Plus récemment, les Etats-Unis ont averti leurs aviateurs au sujet de l’existence d’un système de défense anti-aérienne au Mali. Sans tirer les leçons du passé, Air France a décidé de renoncer à desservir le Mali. Mais l’annonce du retour de Corsair au Mali au même moment fait dire à certains qu’Air France n’est pas partie. Il existe en effet des liens historiques entre les deux compagnies aériennes françaises.
Selon des sources officielles, Corsair, anciennement Corsairfly, est une compagnie aérienne française spécialisée dans le transport long courrier. Fondée en 1981, elle est basée à l’aéroport de Paris-Orly et dessert principalement les départements d’outre-mer. Selon des experts, son capital est principalement détenu depuis décembre 2020 par la holding OMRP, regroupant des investisseurs divers.
Créée en 1981 par la famille Rossi, la compagnie Corse Air International est une filiale d’Air France qui exploite, jusqu’en 1986, quatre Caravelle SE-210. Elle le fait sur un secteur d’activité de vol à la demande, orienté vers de petits voyagistes, des comités d’entreprises ou des associations. Dotée de modestes moyens, à la mesure de son actionnariat de l’époque, la société subsiste dans le monde du charter, encore peu développé en France. En 1985, en complément de son activité charter, Corse Air International exploite une ligne régulière entre Paris et Malte en caravelle. Elle exploite également une liaison entre Châteauroux et Paris, disposant d’un Beechcraft 2008.
D’autres axes en ligne de mire
Un autre axe qui se renforce, c’est celui entre Abidjan et Bamako. La Côte d’Ivoire a besoin du Mali, tout comme le Mali a besoin de la Côte d’Ivoire. C’est pourquoi dans le cadre de la réunion des experts en prélude à la Grande commission mixte de coopération Mali-Côte d’Ivoire, Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, a rendu le 24 mars 2023 une visite de courtoisie aux experts des deux pays. C’est dire que Bamako n’a pas renoncé au port d’Abidjan. Pourtant, le port de Conakry a pris une place importante dans le ravitaillement du Mali.
Le ministre Diop a souligné toute la profondeur et l’intensité des relations d’amitié, de fraternité et de coopération entre les deux pays intimement liées par des réalités géographiques, historiques et culturelles intangibles. Il a rappelé le rôle moteur de la Côte d’Ivoire en matière économique dans la sous-région et les données de ses échanges commerciaux plaçant le Mali au premier rang des clients du port d’Abidjan.
Abdoulaye Diop a mis en exergue l’intérêt réciproque entre ces deux pays ayant un destin commun. Saluant la profonde résilience des deux peuples et la grande sagesse des deux chefs de l’Etat ayant permis de surmonter les difficultés conjoncturelles, il a invité les experts à explorer tous les domaines de coopération d’intérêt commun visant à intensifier les échanges au profit des deux pays. Le chef de la diplomatie malienne a exhorté les experts à anticiper la réflexion sur la mise en place d’un mécanisme de suivi des engagements et recommandations qui seront issus du niveau ministériel de la grande commission mixte, prévue dans les prochains jours.
En attendant le niveau ministériel prévu plus tard, la rencontre des experts est un cadre préparatoire permettant aux deux parties d’évaluer les conclusions et recommandations issues du procès-verbal de la 3èmesession de la grande commission mixte, de mesurer les progrès réalisés, les obstacles rencontrés et d’envisager de nouvelles perspectives pour un partenariat dynamique et prospère.
On a également réaffirmé la volonté politique et la disponibilité constante des autorités maliennes de faire de la coopération bilatérale une priorité, un partenariat gagnant-gagnant et un modèle de réussite. Répartis en quatre commissions de travail, les experts ont passé en revue pendant deux jours, les axes stratégiques de coopération bilatérale, notamment, en matière politique, juridique, administrative, de défense et de sécurité, économique et commerciale, de promotion des investissements, de transports et des infrastructures, d’artisanat et du tourisme.
Madou COULOU
