En dehors des difficultés existentielles, liées à l’insécurité chronique qui n’épargne plus aucune contrée du pays et le malaise socio-économique, il y a le fait que la question des droits de l’Homme refait de plus en plus surface au Mali, rendant encore plus problématiques les relations, déjà lourdement plus affectées, entre les dirigeants de notre pays et la communauté internationale. Et c’est là d’où vient le danger ; la question des droits de l’Homme, plus sensible, au regard des standards internationaux, n’est pas le sujet sur lequel il faille tergiverser.
Au-delà des difficultés liées à la crise sécuritaire et à la conjoncture économique et sociale, dont les conséquences affectent durablement les populations et les ménages, la question, lancinante et sensible, des droits de l’Homme, ces derniers temps, va et revient dans notre pays, avec des faits d’exactions possibles, perpétrés dans notre, et relayés par des rapports des instances internationales, comme la Minusma. Des rapports qui sont contrattaqués par le gouvernement de la transition qui réfute catégoriquement ces faits de violations des droits de l’Homme.
On le voit, la passe d’arme entre les instances internationales, chargées des questions des droits de l’Homme, y compris la Minusma, aura des limites, tant que cette problématique des droits de l’Homme, sur fond de violations répétées, plaquées sur notre pays, dont Bamako continue à démentir de toutes ses forces, sera continuellement sur toutes les lèvres. Tant bien ici, au Mali, où les enlèvements de personnes et autres traques extrajudiciaires contre les supposés « opposants » seront régulièrement dénoncés, qu’ailleurs, où les médias et autres défenseurs des droits de l’Homme continueront à alerter sur la situation de notre pays.
Malheureusement, pendant que la polémique enfle sur la question des droits de l’Homme, diversement commentée par les instances internationales et le gouvernement du Mali, la réalité du pays est à l’impasse : chasse aux sorcières ; persécution de toutes les voies discordantes (hommes de médias, acteurs de la société civile,hommes politiques ; poursuites judiciaires téléguidées….
De plus en plus, on assiste à des enlèvements de citoyens au cœur de la capitale, en pleine journée. Des gens qui disparaissent et réapparaissent miraculeusement sans que le moindre signal ne soit fait sur l’endroit où ils étaient détenus arbitrairement, ni même les motifs de leur disparition, encore moins par qui ils ont été gardés contre leur volonté.
Sur le dernier cas de ces enlèvements miraculeux et injustifiables dans un Etat de droit comme le Mali, on retient le cas de notre confrère Aliou Touré, Directeur de publication du journal « Le Démocrate », non moins secrétaire général du Collectif pour la défense de la République (CDR) du chroniqueur Ras Bath, emprisonné depuis dans une procédure judiciaire qui va dans tous les sens. Il y a aussi le cas du jeune activiste Mamedy Dioula Dramé, lui aussi enlevé et revu dans des circonstances troubles, sans qu’il ne soit présenté à aucun juge, foulant ainsi aux pieds ses droits humains les plus élémentaires.
Dans la plupart de ces cas de disparition et d’enlèvement de personnes, les autorités gouvernementales, promptes à réagir sur fond de communiqués officiels, ne pipe mot, lançant pantois les citoyens, avides de vérité sur ces faits qui heurtent la sensibilité nationale.
Journalistes, mémoires du temps, que nous sommes ; il est important que nous alertions sur le débordement de ces faits d’atteinte à la dignité humaine, que nous observons au quotidien dans notre pays,et leurs imbrications possibles sur les relations entre le Mali et le reste de la communauté internationale.
Chacun sait aujourd’hui que la problématique des droits de l’Homme, telle qu’elle se pose au Mali, est un sujet profondément ancrée dans la conscience universelle, par laquelle tout peut arriver.
Voilà pourquoi il est important, pour nous,tenants du pouvoir, laudateurs de toutes sortes, citoyens lambda, de faire énormément attention à ces faits assimilables à de violations répétées de droits de l’Homme qui peuvent, comme l’a expliqué récemment l’un des défenseurs de droits de l’Homme, être passibles de « crime contre l’humanité ».
Des faits imprescriptibles, qui ne périssent jamais dans la mémoire universelle, et qui peuvent surgir, à tout moment, en surprenant même les plus puissants supposés du jour. Il en est ainsi de ces questions parce qu’elles touchent à la fois à la sensibilité et à la conscience de la communauté internationale.
Face à l’histoire, on n’y peut rien…
Oumar KONATE
La Preuve
