Malgré le toilettage de la commission de finalisation de l’avant-projet de la nouvelle constitution, le texte continue à faire jaser. Outre la classe politique qui émet des réserves sur certains aspects, la communauté musulmane à travers la Ligue des Imams et Érudits du Mali (IMMA) ne décolère pas.
« Notre objectif est d’enlever complètement la laïcité dans la nouvelle constitution. Nous maintenons cette requête de retirer purement et simplement la laïcité dans la nouvelle constitution. Si le mot Laïcité est maintenu dans la nouvelle Constitution, nous ne nous reconnaitrons pas dans cette loi. Raison pour laquelle, nous demandons aux différents bureaux régionaux de l’imama de tenir un point de presse au même moment et à la même heure (10h) que le bureau exécutif, mardi prochain », précise-t-on dans un communiqué de l’IMAMA.
Le même audio précise que l’objectif de ce point de presse est de montrer aux musulmans, aux autorités maliennes que nous les imams, disons non à la laïcité dans la nouvelle constitution. « Nous voulons montrer à tous que nous
rejetons cette laïcité. Nous disons NON!
Que la paix règne dans le pays !
QuAllah bénisse le Pays ! » a déclaré le porte-parole de l’organisation cet après-midi
Faut-il le rappeler, l’avant-projet de texte pour la nouvelle Constitution est rejeté aussi bien au sein de la classe politique que dans les milieux religieux. Les différentes réactions prouvent que ce projet ne passera pas comme une lettre à la poste. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, constate-t-on, les mêmes contestations qui ont fait reculer les anciens présidents de la République Amadou Toumani et Ibrahim Boubacar Keïta refont surface. Le lot des opposants à ce projet ne cesse de grossir. Le fait nouveau et le plus à craindre est l’entrée dans la danse de certains courants religieux.
S’agissant des partis politiques, l’Adema, la Codem, la Cnas Faso Hère, les FareAnkaWuli, la Camas, entre autres, ont pour le moment demandé l’abandon de cette initiative.
« À la lumière du fonctionnement de nos institutions et à l’épreuve de notre pratique démocratique. L’Adéma, tout en réaffirmant la nécessité de la révision de la Constitution du 25 février 1992, considère que l’avant-projet de texte constitutionnel actuel, tel que rédigé, ne répond que partiellement aux attentes du Peuple malien maintes fois exprimées lors des différentes tentatives de révision constitutionnelle et des foras nationaux organisés (Dialogue national inclusif, Assises Nationales de la Refondation) . L’Adéma-PASJ avait déjà donné l’alerte, en son temps, lorsqu’il a été sollicité par la Commission de rédaction, mise en place par le Président de la Transition, quant à la rédaction d’une nouvelle Constitution qui remettrait en cause la séparation et l’équilibre des pouvoirs et les fondements du régime politique, institué par la Constitution du 25 février 1992. Le Parti avait estimé alors que la nouvelle rédaction de la Constitution ne devrait aucunement remettre est cause ni la substance de la Constitution de février 1992, ni les fondements du régime institué en 1992.
A l’absence d’une constituante légitime, de l’abrogation de la Constitution du 25 février 1992, d’un large consensus autour du projet, et dans un tel contexte, marqué, notamment par l’insécurité, l’effritement du tissu social, la cherté de la vie, l’élaboration d’une nouvelle Constitution se heurte à des problèmes juridiques et politiques évidents. Dans ces conditions, il n’est ni indiqué, ni légitime, encore moins démocratique de recourir à une modification, voire un chamboulement de la loi fondamentale en vigueur qui, non seulement, ne brille pas par sa sobriété, mais surtout comporte les germes d’une instabilité chronique », rejette Adema, l’une des plus grandes formations politiques du Mali
Dans son communiqué de presse relatif à la création d’une commission pour la finalisation de la nouvelle constitution, le Parti Convergence pour le développement du Mali (Codem) a souligné l’inopportunité d’un tel projet qui viole la constitution tout en réaffirmant ses vives préoccupations. Avant d’annoncer qu’elle ne participera pas au processus unilatéralement enclenché et qui à ses yeux cache beaucoup de zones d’ombre.
Le parti FareAnkaWuliestime la révision de la Constitution doit être motivée, justifiée et en sus de recueillir l’approbation légitime du peuple souverain. Ainsi, demande au Président de la transition d’abandonner le projet de nouvelle Constitution en cours.
La Cmas de MahmoudDicko et la Cnas Faso Hèrè de l’ancien Premier ministre SoumanaSako ont abondé dans le même sens que les partis susmentionnés.
Par contre, des courants musulmans se montrent intransigeants pour l’abandon de la laïcité. Le retrait de la laïcité de l’avant-projet constitue pour eux une question de vie ou de mort.
Oumar KONATE
