Le premier défi de l’Autorité indépendante de gestion des élections (Aige) sera de proposer un nouveau calendrier électoral. Dans une conférence de presse, les autorités de la transition ont annoncé, à travers le colonel Abdoulaye Maïga, ministre de l’Administration territoriale, le report du référendum prévu pour le 19 mars 2023. Un communiqué a également été diffusé sur le même sujet. En effet, l’élaboration du nouveau calendrier passe par l’Aige. Dans le même communiqué, le gouvernement affirme respecter ses engagements pour les élections, notamment la présidentielle en 2024. Ce report se justifie par la ferme volonté des autorités de la transition d’appliquer les recommandations des Assises nationales de la refondation, indique le communiqué du gouvernement.
Ce léger report se justifie par l’installation de représentations de la commission électorale dans toutes les régions du pays et par la volonté de vulgariser le projet de nouvelle Constitution. La nouvelle date du scrutin sera annoncée ultérieurement. Les autorités militaires de la transition, arrivées au pouvoir au Mali en mai 2021 via un coup d’État, avaient précédemment prolongé la période de transition jusqu’au 26 mars 2024. Pour beaucoup, le référendum constitutionnel est une étape importante vers les élections, prévues en 2024 et censées marquer le retour des civils au pouvoir.
C’est une mauvaise nouvelle pour la classe politique dont une partie est pressée de retourner aux affaires via les élections. Depuis quelque temps, des partis politiques et mouvements politiques multiplient les sorties médiatiques demandant aux militaires d’organiser les élections et de partir du pouvoir. Plusieurs parmi eux demandent l’annulation du projet de Constitution. Pour ces politiciens, il faut aller vers des élections rapidement pour éviter le maintien du statu quo.
Mais les autorités s’engagent à respecter la durée de la transition conformément à son engagement envers la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao). La Cedeao qui a levé ses sanctions économiques et financières veut que les militaires se retirent des affaires politiques. Le gouvernement rassure l’opinion nationale et internationale que le retour à l’ordre constitutionnel, après avoir mené les réformes nécessaires, demeure l’une de ses priorités absolues.
Le colonel Abdoulaye Maïga a fait savoir que le découpage territorial est un impératif pour la mise en place des structures de gestion des élections. Selon lui, il faut que le Mali connaisse ses frontières internes au moment où les circonscriptions électorales sont en train d’être mises en place. D’autres difficultés ont été évoquées par le ministre de l’Administration territoriale dont la mise à jour des données du Numéro d’identification nationale (Nina).
C’est dans ce contexte que le projet constitutionnel reçoit un soutien de taille. En effet, le Bureau Exécutif de l’Union nationale des travailleurs du Mali (Untm) salue la volonté politique du Président de la Transition d’une inclusion sans réserve de l’ensemble des forces politico-sociales dans sa politique des réformes politiques et institutionnelles. Cette adhésion au projet référendaire est un soutien de taille aux autorités de transition qui font actuellement face à l’opposition de la Ligue des imams regroupés au sein de Limama. Ces imams qui étaient face à la presse ont appelé les musulmans à voter contre le projet de la nouvelle Constitution.
Mais dans un communiqué, la puissante centrale des travailleurs du Mali a apporté son soutien au projet constitutionnel. Dans son communiqué, l’Untm a été claire sur le fait que le gouvernement a fait des efforts pour prendre en compte les avis des différentes tendances. Yacouba Katilé s’est réjoui de l’implication de la centrale syndicale à chacune des phases du processus des réformes politiques et institutionnelles en cours au Mali. Après sa forte participation aux Assises Nationales de la Refondation (A.N.R.), sa présence dans la commission de suivi des Recommandations, son implication dans la commission de finalisation du Projet de la nouvelle Constitution en vue de l’adapter aux réalités du Mali, le Bureau Exécutif de l’Untm salue la volonté politique du Président de la Transition d’une inclusion sans réserve de l’ensemble des forces politico-sociales dans la conception des outils préparatoires des élections démocratiques crédibles, transparentes dont le Mali devra faire face.
L’Untm est la plus importante centrale syndicale du pays, et la voix de ses responsables compte beaucoup. Ce sont des milliers de travailleurs qui suivent les ordres du syndicat qui a par ailleurs été toujours impliqué dans la plupart des changements politiques. L’Untm doit être suivie par d’autres organisations syndicales proches du gouvernement. Les réformes engagées par la transition sont favorables aux conditions de vie et de travail des agents de la fonction publique. Il faudra des efforts supplémentaires pour que les fonctionnaires soient engagés dans la défense du projet de Constitution.
Nouhoum DICKO
