Les hommes politiques maliens s’affrontent par personnes interposées, surtout les jeunes militants qui n’hésitent pas à mouiller le maillot. C’est dans ce contexte que la candidature à l’élection présidentielle sera interdite aux personnes âgées de plus de 75 ans, selon l’avant-projet de Constitution dont une copie a été transmise au président AssimiGoïta. Les résultats des travaux de la nouvelle commission chargée de finaliser l’avant-projet de constitution ont permis de produire un document tenant compte de plusieurs critiques contre la première mouture faite par une commission précédente.
Si la constitution est adoptée, cette interdiction de candidature aux hommes et aux femmes âgés de plus de 75 ans frappera beaucoup d’acteurs politiques qui se battent actuellement sur la scène politique. Le même avant-projet de Constitution qui sera soumis au référendum interdit la candidature à la présidence aux moins de 35 ans. Il est donc clair que certains ne seront pas contents de la limitation de l’âge des candidats à la présidentielle. Parmi ceux qui se battent au sein des partis politiques contre le référendum se trouvent la plupart des gens qui pourraient être frappés par les limites d’âge à la présidentielle. C’est un coup dur pour les vieux qui dirigent encore les partis politiques comme l’ADEMA, l’URD et bien d’autres.
Beaucoup de personnalités politiques qui se battent contre la transition seront inéligibles si la nouvelle constitution est adoptée. Les partis politiques les plus influents sont dominés par des personnalités qui ont servi le pays pendant les trente dernières années. Aujourd’hui, la relève doit être assurée par leurs enfants. Il y a une lutte de succession au sein de beaucoup de partis politiques autour du leadership. A l’URD, la génération du Pr. SalikouSanogo se bat pour conserver le pouvoir de décision à travers des jeunes comme Me. Demba Traoré. D’autres jeunes du parti soutiennent des cadres âgés.
Le leader des jeunes du parti, Abdramane Diarra, fait partie du camp de Gouagnon Coulibaly se bat pour des vieux proches de Dr. Boubou Cissé, l’ancien Premier ministre. Le même conflit de génération est livré au sein de l’ADEMA. Les vieux comme Me. Kassoum Tapo et Marimantia Diarra se battent par personnages interposés. C’est ainsi qu’il y a des contradictions dans les prises de position et certaines déclarations de l’ADEMA. Le parti est représenté au sein du Conseil national de transition (CNT) à travers son président Marimantia Diarra qui dit soutenir la transition et le président Assimi.
Au même moment, l’ADEMA est en train de battre campagne contre l’adoption d’une nouvelle Constitution. Cette posture est surtout soutenue par Me. Kassoum Tapo et des vieux qui agissent en cachette. On a vu des jeunes de l’ADEMA se réunir à Ségou récemment pour dénoncer la présence d’un membre du parti au sein de la nouvelle commission qui a finalisé l’avant-projet de Constitution. D’autres acteurs politiques qui ne sont pas forcément dans des grands partis politiques devront dire adieu à la politique à cause de la limite d’âge des candidats à la présidentielle.
Ce qui est sûr, c’est que la vieille classe politique est en train de perdre ses atouts à tous les niveaux, même à l’international. Les politiciens maliens qui faisaient tout pour défendre la ligne diplomatique d’Emmanuel Macron ont pris un coup dur en début de semaine. Dans sa tentative de récupérer les opinions africaines, le président français Emmanuel Macron a tenu un discours à la veille du voyage qu’il effectue actuellement en Afrique centrale. Sans réserve, le président français s’est lâché sur la classe politique malienne en affirmant que la France est victime de l’échec de ces politiciens qui passent le clair du temps à défendre les positions de la France. Selon Emmanuel Macron, les politiciens maliens ont échoué à redresser le Mali, ce qui a conduit à un désaveu public de la classe politique par la population.
On imagine la gêne que cette critique du président français occasionne chez les politiciens maliens que l’on accuse d’avoir pillé les ressources du pays au seul bénéfice des dirigeants. Autrement dit, Macron qui s’était un moment illustré dans les insultes contre la transition malienne se permet de légitimer le combat des forces du changement. En d’autres termes, Macron soutient ceux qui disent que l’armée malienne a été détruite par trente ans de gestion calamiteuse au cœur de laquelle se trouve la classe politique malienne. Beaucoup d’acteurs du mouvement démocratique devraient se sentir mal à l’aise.
C’est la classe politique qui a fait croire aux Maliens qu’une armée forte est une menace pour la démocratie. Ce sont les politiciens qui ont soutenu la destruction de l’outil de défense du Mali, en réduisant les dépenses militaires, les recrutements et les entraînements. Mais là où Macron se trompe est que les politiciens maliens ne faisaient qu’obéir au discours des puissances étrangères dont la France. Les politiques de redressement du Mali étaient dictées de l’extérieur, même si les Maliens pouvaient essayer de dire non aux injonctions des milieux diplomatiques et financiers cachés derrière chaque politique.
Emmanuel Macron devrait avoir la décence de reconnaître que la France a forcé la main de la classe politique malienne dans bien des cas. On se souvient que l’ancien président IBK a fait l’objet de chantages médiatiques à chaque fois qu’il avait voulu ne pas se soumettre à la volonté des Français. Qui n’a pas été choqué de constater le lynchage qu’a subi la présidence lorsque IBK a déclaré ne pas vouloir négocier avec des hommes armés ? L’interdiction faite à l’armée malienne d’entrer dans la région de Kidal n’a pas été décrétée par IBK, mais la France dont la duplicité a saboté la stabilité du Mali.
En réalité, Macron est en train de compliquer les choses pour les politiciens qui se sentent obligés de défendre la France. Rares sont les partis politiques qui ont soutenu la plainte du Mali aux Nations Unies contre la France que la transition accuse de soutenir des groupes terroristes. Certains politiciens aujourd’hui diabolisés par Paris se sont même permis de mettre en doute les déclarations de Bamako. On verra comment ils vont réagir aux piques lancées par Macron qui cherche maintenant à séduire les opinions africaines.
Oumar KONATE
