Les membres du Comité d’orientation et de suivi de l’Observatoire national des Villes (ONAV) se sont réunis le jeudi 23 octobre 2025 à la faveur de la 9ème session ordinaire dudit comité. La présentation, l’examen et la validation de deux importants rapports étaient au menu de cette rencontre ordinaire. Le premier document est le rapport sur les données urbaines de 2024 et le second est le rapport sur l’étude expérimentale d’un éco-quartier à N’Tanfara dans la commune de Mandé.
Tout d’abord, M. Moussa Tamba Diakité, Directeur de l’Observatoire national des Villes fera savoir qu’il est fait chaque année une mise à jour des différents rapports, surtout celui sur les données urbaines qui comporte pour son édition 2024 neuf secteurs sur une quarantaine de pages. Dans ces neuf secteurs, il y a 31 indicateurs qui sont renseignés.
Parmi ces secteurs, le premier responsable de l’ONAV indique qu’on a le domaine de l’urbanisme qui frappe avec l’indicateur d’élaboration, dotation des villes en des schémas directeurs d’urbanisme. Ainsi, dit-il en 2024, nous avons constaté qu’aucune ville du Mali n’a reçu un schéma directeur d’urbanisme. Ce qui traduit selon lui, une grande faiblesse en matière de planification urbaine dans les villes. Il rappelle au passage que le Schéma Directeur d’Urbanisme (SDU) est un document de planification urbaine de premier degré qui fixe, pour une localité donnée, la vocation première des sols ainsi que ses perspectives d’évolution. En somme, dit-il, c’est comme la Bible de la ville qui fixe les orientations et les perspectives du développement d’une ville.
Pour M. Diakité, si une ville n’a pas de schéma directeur d’urbanisme, c’est comme si la ville se développe d’une manière anarchique, c’est comme si on faisait des lotissements irréguliers, avec des conflits fonciers.
Une augmentation du taux de pauvreté
Aussi, il est à constater dans ce rapport, que dans le secteur du développement économique, l’indicateur taux de pauvreté, taux de chômage, une augmentation du taux de pauvreté, qui va souvent jusqu’à 60% dans certaines villes, comme la ville de San. Ainsi, de façon générale, le taux de pauvreté est élevé au Mali, 43,3% au niveau national. Les régions de San, Koutiala, Dioïla, Sikasso, Bougouni, Nara, Ségou et Kita enregistrent les taux les plus élevés avec plus de 50% chacune. Les plus faibles taux sont observés dans les régions de Kidal (2,7%), Bamako (17,9%), Ménaka (18,6%) et Tombouctou (25,3%). Ce qui est une alerte pour les autorités de multiplier les projets dans ces différentes localités.
En outre, dans l’indicateur « nombre de constructions autorisées par un permis de construire » il ressort qu’au cours de l’année 2024, 2 103 permis de construire ont été délivrés sur un total de 5 031 demandes, soit un taux d’attribution de 41,80%. Le taux de rejet des demandes de permis de construire est de 33,87% contre 35,47% en 2023. Aussi, au cours de l’année 2024, il y a eu la création de 14 552 titres fonciers au Mali. Au cours de l’année 2024, le premier responsable de l’ONAV indique qu’il y a eu 159 cas de litiges fonciers qui ont été enregistrés par les différents bureaux des domaines et du cadastre. La ville de Bamako et la région de Koulikoro demeurent les zones où les conflits fonciers sont les plus récurrents, avec respectivement 20,75 et 59,74% des cas.
Aussi, suivant les données, le taux d’accès au service d’eau potable élémentaire en 2024 est de 66,9% en milieu rural, 102,5% en milieu urbain et semi urbain et 75,4% au niveau national.
Concernant le taux d’accès à l’électricité, pour l’année 2024, il s’élève à 98,6% en milieu urbain contre 43,6% au niveau national et 12,5% en milieu rural. On note une augmentation du taux urbain (94,6% en 2023) et une baisse des taux national et rural qui étaient respectivement de 55,8 et 26,7%. Cette baisse s’explique à la fois par les effets de la crise énergétique et par l’adoption de nouvelles approches méthodologiques dans le processus de calcul, notamment l’exclusion des points lumineux d’éclairage public de l’AMADER.
M. Moussa Tamba Diakité fait savoir que dans le secteur des transports et infrastructures, une baisse du taux d’accident de circulation, notamment dans l’indicateur d’accident de circulation.
Ainsi, dit-il, au titre de l’année 2024, il y a eu 7 673 cas d’accidents qui ont été constatés, ayant occasionné 9 510 victimes dont 8 828 blessés et 682 tués. Rien qu’à Bamako, 4 494 cas d’accidents ont été répertoriés avec 4 856 blessés et 214 tués. Globalement, le nombre d’accidents a légèrement diminué par rapport à 2023 avec une proportion de 0,16%. Les régions ayant enregistré le plus d’accidents sont Bamako (58,6%), Koulikoro (9,5%), Kayes (5,9%), Sikasso (4,6%) et Ségou (4,2%).
Une étude expérimentale pour la réalisation d’un éco-quartier intelligent
Le deuxième rapport, d’une centaine de pages, porte sur une étude expérimentale pour la réalisation d’un éco-quartier intelligent dans la localité de N’Tanfara dans la commune de Mandé, à 10 km de Bamako. Pour le Directeur de l’ONAV, c’est un pôle secondaire avec un éco-quartier qui prend en compte la dimension environnementale et écologique dans les domaines, entre autres de la mobilité, de la gestion des déchets et qui fonctionne à partir des énergies renouvelables. Aussi, la mobilité dans la localité se fait à partir de vélos, la marche à pied, le transport électrique, donc, pas de véhicules.
Pour M. Diakité, ce quartier recevra aussi les logements des ministres maliens, des ambassades, les centres commerciaux, les universités, puis les lycées, bref, tous les équipements nécessaires.
La ville va fonctionner à 100% à partir des énergies photovoltaïques, c’est-à-dire les panneaux solaires. Et ensuite, il y aura dans cette ville, les eaux de pluie qui seront utilisées pour les services sociaux de base nécessaires pour alimenter les familles. Cela, afin de réduire le taux de consommation de l’eau du robinet.
Le cout pour la réalisation de ce gigantesque et ambitieux projet de construction de cet éco-quartier est estimé à plus de 36 milliards de francs CFA, avec une superficie de 33 hectares avec une possibilité d’élargissement.
Il faut retenir que les dossiers d’immatriculation de l’espace se trouvent au niveau des services techniques des domaines.
« La mise en œuvre de ce projet d’éco-quartier se fera sous forme de PPP, partenariat public-privé. Nous sommes déjà en train de parler avec quelques partenaires qui sont prêts à s’engager pour sa réalisation et d’autres veulent qu’on augmente la superficie » a conclu le directeur de l’Observatoire national des villes, M. Moussa Tamba Diakité.
Dieudonné Tembely
