Depuis plusieurs semaines, Bamako vit au rythme des pénuries et des files d’attente interminables. Sous un soleil implacable, les automobilistes patientent des heures aux stations-service, tandis que les prix s’envolent et que la rumeur gronde. En apparence, rien de nouveau. Mais derrière cette crise se cache un plan redoutable : celui de groupes armés décidés à asphyxier la capitale pour briser la résistance du pays.
Le carburant, nouvelle arme de guerre
Les attaques contre les camions-citernes sur les routes du Sénégal et de la Côte d’Ivoire ne doivent rien au hasard. En ciblant les voies d’approvisionnement, les groupes armés espèrent isoler Bamako, provoquer la colère des citoyens et retourner la population contre l’État.
Mais cette fois, leur stratégie échoue. Malgré la fatigue et la frustration, la capitale ne cède pas. Les habitants s’organisent : on partage les trajets, on réduit les déplacements, on s’entraide. La solidarité, une fois de plus, devient la réponse à la peur.
Un État en mode résistance
Face à cette tentative d’asphyxie, les autorités ont opté pour la riposte. Des convois de citernes traversent désormais le pays sous haute escorte. Des unités armées sécurisent les routes de Kayes, Kita et Sikasso, tandis que des avions surveillent les axes stratégiques reliant Dakar et Abidjan à Bamako.
« C’est un combat logistique, psychologique et moral à la fois », confie une source sécuritaire.
Chaque litre de carburant livré à la capitale est une victoire sur la peur, un acte de souveraineté.
Cette mobilisation a un coût, mais elle traduit une volonté claire : celle d’un État qui ne capitule pas.
La bataille invisible des rumeurs
À la guerre des routes s’ajoute celle de l’opinion. Sur les réseaux sociaux, les messages alarmistes pullulent : « Le gouvernement cache les stocks », « le carburant est réservé aux militaires ». Ces fausses informations visent à miner la confiance et à semer la discorde.
Pourtant, la véritable force du Mali repose aujourd’hui sur la lucidité et la cohésion. Refuser la rumeur, c’est déjà résister.
La guerre de l’endurance
Douze ans après le début du conflit, le Mali affronte une nouvelle forme de guerre : celle de l’endurance. Les armes ne sont plus seulement dans les mains des soldats, mais aussi dans les gestes quotidiens de chaque citoyen : patienter sans céder à la colère, partager sans se plaindre, garder la tête froide face à la manipulation.
Les ennemis veulent la peur, les Maliens opposent la résilience.
Tenir ensemble
La crise du carburant dépasse la logistique. Elle met à l’épreuve la cohésion nationale. Et jusqu’ici, Bamako tient bon.
Dans les files d’attente, malgré la lassitude, on plaisante, on s’encourage, on se dépanne.
Cette force tranquille, cette capacité à se soutenir dans l’épreuve, empêche la crise de devenir le chaos que certains espéraient.
Bamako ploie, mais ne rompt pas.
Et c’est peut-être là, dans cette résistance discrète du quotidien, que s’écrit la plus belle victoire du Mali : celle d’un peuple qui refuse d’avoir peur.
Nampaga KONE
