Malgré les négociations et la bataille judiciaire pour obtenir l’inscription des diplômés de l’Ecole supérieure d’ingénierie, d’architecture et d’urbanisme (Esiau), le Conseil de l’Ordre des Architectes du Mali s’est targué de refuser catégoriquement. L’information a été donnée ce samedi 4 mars 2023 à la faveur d’une conférence de presse tenue dans les locaux de l’Esiau en commune III du district de Bamako.
« L’Ordre des Architectes est-il au-dessus de la loi ?, est-il au-dessus des autorités ? ». Voici entre autres questions que la direction, les anciens étudiants et les parents des étudiants de l’Ecole supérieure d’ingénierie, d’architecture et d’urbanisme (Esiau) se sont posées. Ce, au détour de cette rencontre avec les hommes de médias afin d’informer l’opinion nationale et internationale de ce qu’ils ont appelé « l’injustice faite à leur égard ».
Selon le directeur de l’Esiau, Abdoulaye Deyoko, depuis plus de 10 ans, l’Ordre des Architectes du Mali se donne le droit de ne pas inscrire les diplômés de son école au tableau de l’Ordre des Architectes du Mali. A l’entendre, cette attitude fait en sorte que les sortants de l’Esiau, à part celui qui a réussi au concours de la fonction publique et ceux qui sont recrutés par les ONG, l’Unesco et l’ADR, tous exercent dans l’informel. De son avis, pour faire face à cette situation incompréhensible, certains diplômés ont saisi la Section administrative de la Cour Suprême par deux arrêts.
Aux dires du conférencier, pour contourner les décisions de la Cour Suprême et semer la confusion, le président de l’Ordre a utilisé certaines astuces. « Il a écrit au Premier ministre avec comme objet les préoccupations et propositions de l’Ordre des Architectes qui se résument à discréditer l’Esiau. Il a fait un plaidoyer en faveur de la Directive n°01 de l’Uemoa qui stipule que le diplôme de l’architecture soit reconnu par l’Etat, l’Ordre des Architectes et par le Cames », a-t-il martelé. Et de se demander si l’Ordre des Architectes coiffe le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Selon l’interlocuteur du jour, pour contenter le procureur, le président de l’Ordre a écrit individuellement au 4 plaignants mettant en objet ‘’Inscription au tableau de l’Ordre des Architectes (Réf !: 005/15ème C OAM/2023). Dans cette lettre, selon lui, il se réfère aux articles de leur statut et règlement intérieur pour conclure que le président de l’Ordre ne peut pas tout seul faire l’inscription. Le directeur n’a pas manqué de mentionner les différentes compétitions desquelles les diplômés de l’Esiau ont été primés.
A sa suite, le président de l’Association des anciens étudiants de l’Esiau, FousseiniSacko, s’est exprimé sur les démarches entamées au niveau des tribunaux. Selon lui, certains étudiants ont saisi la Section administrative du tribunal et ils ont gagné, mais l’ordre a refusé. « A ce jour, le procureur est saisi. Nous avons informé la présidence, la primature, le ministère de la Fonction publique, rien n’a bougé », dit-il, avant de se questionner si l’Ordre des Architectes est au-dessus de l’Etat. Il a demandé à l’Etat de s’assumer. Selon lui, certains diplômés de l’Esiau sont inscrits au tableau de l’Ordre des Architectes du Bénin, du Cameroun. Et de s’étonner que l’école se trouve au Mali, mais on refuse d’inscrire les diplômés.
Pour Youssouf Djenepo, un étudiant de la première promotion de l’Esiau, quand le règlement à l’amiable n’a pas marché, les jeunes ont exploré la voie judiciaire. Selon lui, même le Conseil national de transition (CNT) s’est impliqué, rien n’a marché. Il a mentionné que dans toutes les compétitions, les étudiants de l’Esiauont remporté des prix. Et d’ajouter que cela est dû à la formation reçue à l’école.
De son côté, le président de l’Association des établissements supérieurs privés du Mali, non moins directeur général de l’Université Sup ’Management, Mamadou Diallo, a expliqué que sa présence témoigne le soutien de tout le secteur de l’enseignement supérieur privé. En s’associant à la plaidoirie du directeur de l’Esiau, il a martelé qu’ils ont tenté la médiation, le dialogue, mais, dit-il, l’Ordre ne veut rien entendre au vu et au su de tout le monde. « C’est scandaleux que ces mêmes étudiants soient employés dans les cabinets des mêmes architectes de l’Ordre. Il faudra qu’on mette les gens dans leurs droits en respectant les textes. Je ne serais pas ici aujourd’hui si l’Esiau n’avait pas raison », a-t-il dit. Avant de poser la question suivante : pourquoi il n’y a pas de justice dans ce pays ? Il a laissé entendre que ce combat est le leur et qu’ils le gageront s’il plaît au bon Dieu.
Bazoumana KANE
L’ALERTE
