Pour contenir la cherté des prix, le gouvernement a mis la pression sur les boulangers pour maintenir le prix du pain à un seuil acceptable pour les consommateurs. Alors que malgré la baisse du prix du blé sur le marché international, curieusement, les boulangers maliens continuent d’acheter cher la farine de blé. Dans ce contexte, tirent-t-ils la sonnette d’alarme, estimant qu’ils ont été sacrifiés par les autorités. Même si aucune diminution n’a été encore annoncée par le gouvernement, le cri de détresse des boulangers semble entendu par les autorités. En attendant, les consommateurs craignent une éventuelle augmentation du prix du pain.
Pour l’approvisionnement harmonieux des boulangers en farine de blé, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, a reçu le 31 juillet 2023 les meuniers de Bamako. C’est dans un cadre conviviale que cette rencontre d’échange s’est tenue avec ces industriels qui jouent un rôle important dans la l’approvisionnement des boulangers. Aussi, cet événement a été mis à profit par le ministre Diallo d’exprimer l’engagement du gouvernement à mettre en œuvre des mécanismes pour relever le défi de la production de farine de blé. Car, est-il convaincu que la solution de l’importation, bien que permettant à satisfaire les besoins immédiats, ne devrait pas être le principal mode d’approvisionnement du marché.
Pour lui, le gouvernement est résolu à prendre des mesures pour soutenir l’ensemble des industries, quelle que soit leur catégorie, afin de relever les défis alimentaires. Il a aussi évoqué les problèmes de fraude et de concurrence déloyale qui nuisent considérablement à l’économie malienne ainsi qu’aux industries locales. Et pour remédier à ces difficultés, des mesures urgentes seront prises à en croire le ministre, en collaboration avec le ministère de l’Économie et des Finances.
L’initiative du gouvernement marque le début d’une bataille économique qui vise à atteindre l’autosuffisance alimentaire et à favoriser le développement du pays dans lequel les industries joueront un rôle crucial. Le gouvernement s’engage dans une démarche de réexamen et de refonte de la politique industrielle. Cette démarche vise essentiellement à promouvoir et à développer les grandes, moyennes et petites industries, afin de transformer la production locale dans le domaine de l’agriculture.
En attendant la mise en œuvre des présentes mesures, les boulangers maliens se sentent abandonnés à leur propre sort par les autorités. Ils ne comprennent pas que les prix de la farine restent élevés au Mali alors que la tendance est à la baisse sur le marché international. En plus de cela, le Mali se vante d’entretenir de bonnes relations avec certains pays exportateurs dont la Russie. Pour l’instant, plongés dans le désarroi, les boulangers estiment que cette coopération russe ne leur a rien apporté. Car, on s’attendait à toutes les éventualités sauf la cherté du blé au Mali, argumentent certains.
Les défis de l’industrialisation
Faut-il le souligner, en plus de la farine de blé, d’autres secteurs de l’économie interpellent le ministre du Commerce. Il s’agit ici de la protection de l’environnement à travers la promotion de l’énergie renouvelable. Selon des environnementalistes, si rien n’est fait, le peu qui reste des forêts maliennes risque de disparaître dans quelques années à cause de la dépendance de la population au bois de chauffe. Et tout se passe comme si les autorités de transition n’étaient pas conscientes de la menace que représente la consommation en énergie des millions de personnes qui vivent dans la capitale. La question que l’on se pose est de savoir jusqu’à quand nos forêts, devenues vulnérables, pourraient tenir face à cette dépendance des ménages au charbon de bois et au bois de chauffe.
Le ministre du Commerce et des Industries est particulièrement interpellé par cette situation qui va au-delà de l’environnement. En effet, la flambée du prix du gaz butane a détourné la plupart des foyers maliens de ce combustible qui était jadis à la portée de tout le monde ou presque.
Contre toute attente, en mars dernier, le prix du gaz butane a connu un bond considérable. L’arrêté n°2023-0277/MEF-SG du 20 mars 2023 déterminant les valeurs en douane des produits pétroliers fixe la structure des prix du gaz butane. Pire, cette mesure a été prise à la veille du ramadan, mois de grandes dépenses pour tous les ménages dans un contexte économique difficile et de flambée générale des prix. Les bouteilles de 2,75 kg et 6 kg qui sont les plus utilisées au Mali sont passées de 2950 F et 6440 F à 3710 F et 8090 F. Les nouveaux prix des bonbonnes de 12,5 kg et de 32 kg sont de 16 855 F CFA et 43 150 F CFA. Cette situation a provoqué une flambée supplémentaire des prix, éloignant certains consommateurs de la possibilité de se passer du charbon de bois. Selon des témoignages, certains revendeurs peuvent ajouter un peu plus aux tarifs indiqués, avec un surplus de 700 ou 1000 F CFA rien que pour faire face aux frais de transport. Mais le plus difficile est que les prix officiels n’empêchent pas la spéculation, malgré les contrôles que menaient des équipes du ministère du Commerce pour dissuader les fraudeurs.
Le gouvernement est pointé du doigt pour son incapacité à ouvrir le marché malien à des exportateurs de pays producteurs comme l’Iran et la Russie. Moussa Alassane Diallo, l’actuel ministre du Commerce doit donc faire mieux que ses prédécesseurs. Dans le milieu des affaires, indique-t-on, le défi doit être l’utilisation des moyens de contourner les blocages, en mettant les opérateurs économiques maliens en contact avec les exportateurs iraniens ou russe. Car, l’une des particularités de ces pays est que le secteur est contrôlé par l’Etat. A titre d’illustration, en Iran, le secteur extractif est financé à 90 % par l’Etat. Donc l’importation des produits en provenance de l’Iran dépend de l’implication des autorités.
D’ici là, c’est l’environnement qui paie les frais. A Bamako, le niveau de consommation du charbon de bois est très inquiétant, avec des millions de tonnes entrant dans la ville par jour. En 2020, l’Union Européenne dans un rapport sur l’état des forêts au Mali, a estimait que 82% des superficies forestières ont été détruites depuis 1960 au Mali. En 2014, le pays ne possédait que 788 111 ha de forêts contre 4 475 000 ha en 1960. La superficie de forêt défrichée par an est estimée alors à plus de 500 000 ha, selon plusieurs rapports. En ce qui concerne la destruction des forêts au Mali, les activistes pointent le doigt à certaines autorités, élus politiques, hommes d’affaires et surtout certaines sociétés étrangères, notamment des sociétés d’origine chinoise.
Oumar KONATE
