La population attend de pied ferme le gouvernement sur la réduction du prix du pain. En attendant, l’importation de la farine de blé et pâtes alimentaires a été suspendue jusqu’à nouvel ordre par l’arrêté interministériel n°2023-1960 /MIC-MEF-SG du 11 août 2023. Du coup, selon des commerçants, les importations autorisées avant cette date sont bloquées. L’Etat a ainsi autorisé des importateurs à amener des produits qui sont subitement interdits d’entrer. En réalité, il y a une confusion qu’il convient de corriger. Les deux ministres devraient prendre des mesures pour que les autorisations antérieures à l’interdiction ne soient pas des pertes.
Dans le milieu des opérateurs économiques, on salue la décision des ministres de vouloir protéger les usines nationales. Mais, déplore-t- le cafouillage s’est installé dans l’application de la mesure d’interdiction. Des milliers de tonnes de farine qui étaient en route pour le Mali sont devenus des problèmes pour leurs commanditaires. La suspension concerne la farine de blé et des pâtes alimentaires des positions tarifaires 11 01 00 00 00 pour les farines de froment (blé) ou de méteil, 19 02 00 00 00, et 19 02 30 00 00 pour les pâtes alimentaires (autres).
Le Directeur général du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC), Zédion Dembélé, a rappelé que le développement économique d’un pays repose essentiellement sur la vitalité de son tissu industriel. Selon lui, ces mesures de « suspension temporaire » ont été prises pour sauvegarder les unités industrielles, promouvoir la production nationale et préserver les emplois créés. Cela, conformément à la vision des pouvoirs d’encourager la production nationale pour aller vers l’autosuffisance.
Les commerçants demandent l’annulation de cette mesure qui n’arrange pas leurs affaires, mais il y a peu d’espoir que cette requête aboutisse. Les deux ministres ont pour mission l’instauration d’un climat favorable à la relance des activités industrielles du pays. Les importateurs peuvent à la limite se lancer dans l’importation des graines de blé. En effet, les usines que le gouvernement protège ont besoin de matière première. Or, la production locale de blé est largement déficitaire. Le pays compte en principe sur les importations de graine de blé de pays comme la Russie.
La Russie a décidé d’envoyer au Mali environ 50 000 tonnes de blé comme don à la population. On ne sait pas encore ce que le gouvernement veut faire de ces milliers de tonnes gratuitement livrés. L’Etat lui-même a commencé à acheter des graines de blé en Russie depuis 2022. Mais on ne sait pas encore ce que les ministres du commerce et de l’Economie sont en train de faire de ces dons. Ont-ils le droit de le vendre aux usines ? Ce qui est sûr, la meilleure solution est de transformer ce don avant sa consommation par les Maliens.
Malheureusement, les unités industrielles spécialisées dans la transformation du blé sont toutes privées. On comprend donc la décision d’interdire l’importation de la farine de blé et des pâtes alimentaires au Mali. On pourrait en vouloir au gouvernement, si le prix de cession de la farine produite avec les dons russes n’est pas abordable.
Le prix du pain ne connaît toujours pas une réduction. On se souvient qu’en 2022 tout est monté subitement en flèche, les boutiquiers ont commencé à vendre la baguette à 300 f soit une majoration de 20%. De quoi provoquer l’ire de nombreux consommateurs. Une partie du syndicat des boulangers a menacé d’augmenter le prix du pain évoquant le coût du prix du blé. « Le sac de 50 kg vendu à 18.000 FCFA est passé à 20.000 FCFA soit une augmentation de 11% », expliquait le syndicat. Mais aujourd’hui, le prix du sac a beaucoup diminué sans que cela ne se répercute sur les prix.
Le ministère de l’Industrie et du Commerce qui avait condamné cette décision unilatérale de l’augmentation du prix indicatif plafond du pain par un groupe de boulangers doit agir maintenant. Une réunion de cadre de concertation de la filière farine-pain avait été convoquée pour examiner la situation, l’évolution du prix du cours mondial du blé sur le marché international et l’état d’approvisionnement des marchés en marine boulangère. Ce cadre de concertation avait décidé du maintien, jusqu’à nouvel ordre, des prix consensuels du pain à 250 FCFA la miche de 300g et 125 FCFA la baguette de 150g.
Des équipes de brigades économiques des structures de la Direction générale du commerce et de la concurrence ont procédé, sur instructions fermes du ministre de l’Industrie et du Commerce, à la fermeture de guichets de boulangeries, boutiques et points de vente de pain ne respectant pas les prix consensuels du pain. La DGCC annonçait que des procès-verbaux d’infractions ont été dressés contre les récalcitrants sur la base des amendes versées au Trésor public. Cette structure rassurait que les opérations de maintien de l’ordre commercial allaient se poursuivre matin et soir jusqu’à la stabilisation effective de la situation. La DGCC a même exhorté les consommateurs à signaler ses équipes pour d’éventuels manquements.
Sibiri DIARRA
