La crise longtemps étouffée entre les militaires et l’ancien Premier ministre issu du M5 RFP a fini par éclater au grand jour. Après la sortie du Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, on a vu des manifestations dans plusieurs localités du pays. Peu à peu, le voile a été levé sur les commanditaires de ces manifs. Mieux, on a compris que le torchon brûlait entre le PM et certains civils en contact avec les militaires.
Parmi ceux-ci, il y a Moulaye Keïta, un membre du Conseil national de transition. Ce dernier a révélé que le Premier ministre a eu maille à partir avec certains jeunes du M5 TFP. Choguel avait refusé la présence de ces jeunes lors de la première rencontre entre les responsables du M5 et les militaires en 2021. Moulaye Keita et des jeunes issus de différents mouvements comme Faso Tiébale avaient été refusés par Choguel lors des réunions sur le choix du Premier ministre en 2021.
Mais les militaires avaient insisté pour que les jeunes ne soient pas écartés de la discussion. Choguel a été finalement choisi en présence de ces jeunes et malgré leurs mises en garde. Malheureusement, ces jeunes étaient en première ligne des manifestations demandant la démission de Choguel. Une autre jeune figure qui a demandé la démission de Choguel est le conseiller Mohamed Ag Mohammedine. Ce dernier a tenu un long discours lors du meeting du 19 novembre 2024 demandant le départ du PM.
Les forces vives de plusieurs régions du Mali, notamment Kayes, Tombouctou, Gao et Kidal, ont manifesté, le mardi 19 novembre 2024, pour réclamer la démission du Premier ministre à la suite de propos jugés polémiques tenus dimanche dernier. Le Collectif des Jeunes Leaders a organisé à Kita, une marche pacifique pour réaffirmer son soutien à la Transition tout en dénonçant les déclarations controversées du chef du gouvernement, faites lors d’un meeting du M5-RFP.
À Bamako, des manifestants rassemblés au Centre international de conférence, à l’occasion de la célébration de la libération de Kidal, ont également appelé à sa démission. Dans les régions de Gao et de Ménaka, les participants aux manifestations estiment que le Premier ministre constitue un frein à l’unité nationale et se sont associés à l’appel pour son départ. À Tombouctou, une mobilisation similaire a eu lieu pour exprimer leur soutien aux autorités de la Transition, tout en condamnant les propos de Choguel Maïga.
Plusieurs organisations ont critiqué fermement les récentes déclarations du Premier ministre à l’ORTM. Parmi elles, le Collectif pour la Défense des Militaires (CDM), un soutien clé des autorités de la Transition, a exigé sa démission dans un délai de 72 heures. Partout, les manifestants brandissant des messages hostiles au Premier ministre.
Le mercredi 20 novembre, le sort de Choguel est scellé. Le Président de la transition prend ses responsabilités. Il répond au peuple en mettant fin aux fonctions du Premier ministre et de l’ensemble de son gouvernement. Par la suite, le Général de division, Abdoulaye Maïga est nommé Premier ministre. Quelques heures suffiront pour ce dernier pour composer son gouvernement.
Faut-il le préciser, le Général Maïga est un militaire connu pour ses déclarations en tant que porte-parole du gouvernement. Ses joutes verbales avec certains anciens partenaires du Mali l’ont fait connaître au pays comme ailleurs. Précédemment ministre de L’administration territoriale, le Général Maïga a fini par l’emporter sur Choguel Maïga dont il avait assuré l’intérim en 2022.
Il y a en effet sept nouveaux ministres, tous les autres ayant été reconduits à leurs postes. Parmi ceux-ci, il y a Bakary Traoré, ministre de la Refondation de l’État, chargé des Relations avec les Institutions, remplaçant d’Ibrahim Ikassa Maïga. Mamani Nassiré, précédemment conseiller technique au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation est nommé ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des Réformes politiques et institutionnelles. Il remplace Mme Fatoumata Sékou Dicko.
Un ancien conseiller du président de la transition, Boubacar Diané dit Mao est le nouveau ministre de l’Énergie et de l’Eau, un fauteuil précédemment occupé par Bintou Camara. Figure connue sous feu ATT, Oumou Sall Seck prend la tête du ministère de l’Entreprenariat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle. Mme Diarra Djénéba Sanogo dirige le ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille.
Mme Doumbia Mariam Tangara prend le ministère de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable. Elle remplace Mamadou Samaké. Le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme est dirigé par Mamou Daffé, organisateur du Festival sur le Niger à Ségou. Il remplace Andogoly Gindo qui travaillait sur le chantier important qu’est la commémoration du calendrier Dogon à travers le Sigui, un évènement qui se tient tous les 60 ans.
Madou COULOU
