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À l’occasion de la Journée de l’Afrique, célébrée chaque 25 mai en mémoire de la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) en 1963, l’association Perspective Sahélienne, en collaboration avec African Initiative, a organisé ce dimanche 25 mai une conférence-débat internationale, couplée à un concours de poésie entre écoles privées du Mali. L’événement s’est tenu dans ses locaux de l’association à l’Hippodrome. Le thème retenu pour cette édition était : « De quel panafricanisme avons-nous besoin ? ».Cette rencontre a réuni plusieurs intervenants de renom, parmi lesquels le Pr Daouda Naman Tékété, Ibrahima Kébé et Daouda Moussa Koné, tous trois écrivains, ainsi que Djibril Diallo de l’APVRM. Ils ont animé les débats aux côtés de Mme Tatiana, représentante de l’association Perspective Sahélienne, et d’André Bolonogov, représentant d’African Initiative, en présence de personnalités du monde éducatif et institutionnel.
Dans son discours inaugural, Mme Tatiana a souligné que « l’Agence d’Information russe “Initiative Africaine, présente en Afrique depuis 2023, œuvre pour rapprocher les peuples du Mali et de la Russie à travers la culture, l’économie, la sécurité de l’information et le sport ».
Elle a ensuite rappelé que la coopération Mali-Russie remonte à l’époque soviétique, avec des partenariats dans les secteurs de l’éducation, de la construction et de l’industrie. Ces deux pays partagent des expériences communes, notamment face aux tentatives d’ingérence extérieure et aux défis liés à la souveraineté nationale. « Il est vital de renforcer notre coopération, notamment dans le domaine de l’information, une arme puissante capable d’influencer positivement nos sociétés », a-t-elle soutenu.
Du côté d’African Initiative, le représentant a rappelé que le 25 mai célèbre l’unité africaine et les aspirations communes pour un avenir meilleur. Pour lui, ce jour qui symbolise la création de l’OUA, aujourd’hui Union Africaine, est reflet des luttes et des espoirs africains.
« L’Afrique, riche de son histoire et de sa culture, a traversé de nombreuses épreuves, mais continue de renaître. Les progrès démocratiques, la dynamique de la jeunesse, ainsi que l’intégration économique via la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAI) constituent autant d’atouts majeurs », a affirmé M. André Bologov.
Par rapport au sujet proprement dit, « De quel Panafricanisme avons-nous besoin ? », les conférenciers ont apporté chacun des éléments de réponses permettant au continent de pouvoir se tenir pour face aux obstacles.
Selon Ibrahima Kébé Tamaguidé, le Panafricanisme dont nous avons besoin dans le contexte actuel est celui de Modibo Keïta, Kwamé Nkrumah, Thomas Sankara, Cheikh Anta Diop, etc. C’est le Panafricanisme qui répond réellement à la lutte et défend efficacement les intérêts des classes et c’est le Panafricanisme qui est compatible à la lutte que nous menons pour répondre notre libération totale.
Ensuite, le jeune écrivain dira que ce Panafricanisme est inséparable de la lutte contre l’impérialisme français, américain, anglais, etc. « Et le Panafricanisme ne peut pas être neutre dans le contexte actuel. Il doit prendre une position réelle pour défendre les aspirations profondes du continent », a-t-il indiqué. Et d’ajouter: « en tant qu’africain, on doit se voir comme un seul peuple. On peut être religieux, athée, anemiste, Peul, Bamanan, etc. Mais le plus important, c’est de se regarder en tant qu’africain, en tant qu’un seul peuple et en tant qu’un seul homme ».
Pour Kébé, il s’agit de rendre hommage à nos devanciers qui se sont dressés de toutes leurs tailles pour que l’Afrique puisse être un seul bloc avec une entité politique unique et une armée commune pour défendre les intérêts des classes qui sont des intérêts du peuple africains. « Célébrer le 25 mai est une excellente chose, car ça nous permet de rendre réellement hommage à nos devanciers », soutient-il.
De son côté, Daouda Tékété a retracé l’histoire depuis le 25 mai 1963, où grâce au courage du Président Modibo Keïta les 32 chefs d’États ont apposé leur signature à la Charte qui a permis la création de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA).
Selon ses affirmations, on ne peut jamais être souverain seul, aujourd’hui. C’est pourquoi le Pr Tékété appelle à une refondation sur la base des intérêts réels des populations, non sur les modèles hérités de la colonisation. Ainsi, il demande aux 54 États africains de faire en sorte qu’ils puissent faire de l’UA une unité, une véritable Union Africaine. De faire en sorte qu’ils puissent se retrouver. Car, précise-t-il, « si on se met ensemble dès demain, l’Afrique devient la 3ème ou la puissance économique du monde. C’est en cela que notre avenir va se décider et c’est en ce moment que nous aurons la paix et l’avenir sera bien traité pour nos futurs enfants ».
Avant de dénoncer une mentalité de dépendance chez les africains. Daouda Tékété est accusé d’avoir pensé par les autres. « Nous regardons avec les yeux des autres. Nous travaillons plus pour satisfaire des intérêts extérieurs que des intérêts de populations. Cet État a été hérité par la colonisation. Je pense qu’il est grand temps de refonder cet État sur la base des intérêts véritables des populations africaines. Certains États l’ont entamé, mais la tâche ne sera pas facile. Il ne faut pas que nous baissions les bras pour en arriver à de tels résultats », a souligné Pr Daouda Naman Tékété.
Quant à Daouda Moussa Koné et Djibril Diallo, ils ont insisté sur les enjeux socio-économique et politique. Djibril Diallo a particulièrement mis l’accent sur la gestion de ressources minérales, en évoquant le nouveau code minier du Mali.
Concours de poésie et défilé de mode avec les tenues traditionnelles
Lors de cette journée mémorable, les lycées et écoles privées ont pleinement pris part à la célébration à travers des activités culturelles riches en symboles. La compétition a débuté par un concours de poésie, où chaque établissement devait être représenté par deux candidats s’exprimant sur le thème : « L’intégration africaine ».
À l’issue des prestations, le Lycée La Lanterne a remporté le premier prix, grâce à la brillante performance de Djénéba Kanouté, élève en classe de TLL. La deuxième place est revenue à l’école Ascofaré, tandis que le lycée privé Kognan Mariko s’est classé troisième.
Dans la seconde épreuve, celle du défilé de mode en tenues traditionnelles, mettant en valeur la diversité culturelle africaine, le lycée Kognan Mariko s’est hissé à la première place. Il a été suivi par le lycée Prosper Camara, classé deuxième, puis par le lycée La Lanterne, qui a décroché la troisième position.
Faut-il le rappeler, chaque équipe participante a reçu des livres en récompense. Et enfin, cette journée de célébration a mis en exergue une vision partagée d’un panafricanisme fondé sur l’unité, la souveraineté et la coopération Sud-Sud, illustrée ici par le rapprochement Mali-Russie. Elle a aussi souligné l’importance de l’information comme vecteur de souveraineté culturelle et politique.
Sidy Coulibaly pour Mali-Instant
