Chaque année, ce sont les mêmes arguments qu’EDM avance pour justifier son incapacité à atténuer la souffrance des populations excédée par des perturbations de la fourniture de l’électricité au Mali. Les Maliens ont beau souffrir du manque de courant, l’opacité qui caractérise la gestion de carburant du sommet à la base a toujours été une équation difficile à résoudre car, reléguée au second degré pour de nombreux cadres de l’entreprise. Les interruptions incessantes de la fourniture de l’électricité sont pires dans les localités reculées de la capitale. Mais, les agents de l’EDM n’en souffrent nullement. Les groupes électrogènes semblent faire leur affaire.
Dans ces conditions, le souhait des plus hautes autorités de réduire le prix de l’électricité devient une chimère. Les Maliens peuvent dire adieu à ce vœu pieux des autorités de la transition. En tout cas, beaucoup de nos compatriotes estiment que depuis que le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, a affiché sa volonté de réduire le coût de l’électricité, plus rien ne marche. La situation a empiré.
D’aucuns estiment que cette bonne volonté du chef de l’Etat a aiguisé l’appétit chez certains pour orchestrer savamment un plan pour piéger le président Goïta.
Ainsi, cette volonté présidentielle est foulée aux pieds par des hommes et des femmes en qui le chef de l’Etat a placé sa confiance pour sortir les Maliens de la souffrance liée aux coupures intempestives de courant.
En attendant la réaction du colonel Goïta, les Maliens vont devoir prendre leur mal en patience. Tous les regards sont à présent tournés vers le président de la transition qui a promis de rendre l’électricité accessible aux Maliens. Il doit tirer les leçons de cette trahison. C’est d’autant plus surprenant de voir des coupures de courant s’intensifier au moment où la centrale électrique qui a coûté des milliards entre en fonction. Les investissements consentis par la transition dans la production de l’électricité semblent n’avoir servi à rien.
Quelle que soit la décision qu’il va prendre, le président de la transition doit tenir rigueur auprès des techniciens et les ingénieurs ayant la main à la pâte sont en train de travailler au sabotage de son plan. Un cadre de l’établissement chargé de la production de l’électricité publique a confié sous anonymat que les solutions alternatives sont écartées pour des raisons mercantiles. En effet, l’électricité solaire est violemment combattue par les responsables de la société de production de l’électricité. Une chaîne spécialisée dans le vol du carburant et la location des groupes électrogènes a fait main basse sur tout le secteur de l’électricité.
Les milliards investis par l’’Etat ne seraient profitables qu’à quelques agents qui en croquent en pleines dents. C’est pourquoi les centrales hybrides promises dans les régions et les villes moyennes n’ont jamais été opérationnelles à hauteur de souhait. Comment comprendre que l’ensoleillement intense du territoire malien passe par perte et profit alors que des pays tempérés sont en train de recourir à cette source abondante d’électricité ? C’est dire que les centrales à gaz et autres pourraient passer par pertes et profits si le colonel Goïta ne s’assume pas face à la mafia qui entoure la production de l’électricité.
Faut-il le rappeler, le Mali dispose d’un fantastique potentiel dans le secteur et s’avère l’un des marchés les plus prometteurs en Afrique de l’Ouest. En effet, le potentiel de l’énergie solaire y représente à lui seul 5 à 7 kWh/m2/jour, de quoi offrir à la population 7 à 10 heures d’éclairage chaque jour. Malheureusement, seuls 5% de ce potentiel de production d’énergie renouvelable est exploité aujourd’hui dans le pays. Et 65% de sa population seulement ont accès à l’électricité. Les projections ne font qu’aiguiser l’urgence d’agir, ainsi que l’a souligné Haly Louise Djoussou-Lorng : « La demande énergétique augmente de 10% par an en moyenne. Aussi, est-il capital de s’attaquer aux obstacles institutionnels, financiers, liés aux capacités et aux connaissances, afin de mettre en place des filières énergétiques sobres en carbone. »
Et pour aider le Mali à répondre à tous ces défis, La Banque africaine de développement met à sa disposition des moyens financiers et techniques pour soutenir ses stratégies politiques et institutionnelles, ses cadres financier et réglementaire et encourager les investissements durables dans des solutions d’énergie renouvelable.
Plusieurs projets de création de parcs éoliens ont vu le jour au Mali. En 2009, par exemple, l’ancien secrétaire général du ministère de l’Énergie et de l’Eau, Lamissa Diabaté, a présidé la cérémonie d’ouverture de l’atelier de validation du rapport de l’étude de faisabilité d’un parc éolien à Tombouctou. Cette zone du Mali est aujourd’hui occupée par les islamistes depuis début avril 2012. La continuité du projet est donc incertaine.
Le projet, financé dans le cadre de la coopération bilatérale Mali-Belgique pour le compte du Centre national de l’énergie solaire et des énergies renouvelables (Cnesoler), avait pour principal objectif de renforcer le parc de production d’électricité et de substituer une partie du carburant diesel consommé par les centrales thermiques. Il devrait permettre également une évaluation comparative des coûts et avantages par rapport à des configurations alternatives de parcs éoliens, l’évaluation de la faisabilité économique et financière du projet. Il s’inscrit dans la continuité de l’étude (campagne de mesure de vent) menée depuis 2006 par la coopération technique belge (CTB) et le Cnesoler.
Précisons que l’exploitation de l’énergie éolienne s’est dégradée depuis les années 1950. Elle est inégalement répartie selon les territoires compte tenu de la position et de la fréquence du vent. Et reste sous-exploitée. Un certain intérêt renaît, après l’arrêt d’une quarantaine d’éoliennes de pompage implantées à la fin des années 1950 dans la bande sahélienne du territoire. Les efforts les plus significatifs ont porté notamment sur : la construction d’une centaine d’éoliennes artisanales de pompage à la Base de perfectionnement des artisans ruraux (Bpar) de Ségou à partir de 1982, la production d’une petite série d’éoliennes multi-pales semi-industrielles au du Centre National de l’Energie Solaire et des Energies Renouvelables (Cnesoler), vendues à des exploitants particuliers pour l’irrigation par pompage de champs et vergers.
Face aux enjeux climatiques, il urge de penser la plaie de la Société EDM-SA en imposant la politique promotionnelle du système solaire
Madou COULOU
