L’une des surprises du référendum tenu hier 18 juin 2023 était l’autorisation des procurations dans les bureaux de vote. On croyait que les procurations étaient mortes, en tout cas en ce qui concerne les élections au Mali, avec la loi électorale. Mais cette pratique est de retour, à la faveur du référendum, pour donner la chance à toutes les voix de s’exprimer. Pourtant, les procurations ont créé plus de problèmes que de solutions dans les années passées, notamment en fournissant une base à des fraudes électorales. Mais le gouvernement vient d’adopter un projet d’ordonnance complétant l’ordonnance n°2023-018/PT-RM du 26 mai 2023 portant dérogation à la loi électorale.
Il faut rappeler que l’ordonnance n°2023-018/PT-RM du 26 mai 2023 portant dérogation à la loi électorale a été adoptée pour déroger aux dispositions de certains articles de ladite loi. Ces dérogations qui s’appliquent exclusivement à l’organisation du référendum constitutionnel de 2023 autorisent : l’utilisation de la carte d’électeur biométrique à la place de la carte nationale d’identité biométrique sécurisée ; l’utilisation, en cas de non disponibilité de la carte d’électeur biométrique, du passeport, de la carte NINA, de la carte nationale d’identité, de la carte consulaire, du permis de conduire, du livret militaire, du livret de pension civile ou militaire.
Il y a aussi la mise à jour du fichier électoral sur la base de la révision annuelle des listes électorales arrêtée au 31 décembre 2022. Après l’adoption de l’ordonnance dérogatoire, il est apparu nécessaire d’accorder le bénéfice du vote par procuration aux personnes qui souhaitent accomplir leur pèlerinage en lieux saints. Le vote par procuration, régi par l’article 116 de la loi électorale, n’autorise pas pour l’instant cette éventualité.D’où la nécessité de déroger aux dispositions de cet article en complément des articles concernés.
C’est dans ce cadre qu’un projet d’ordonnance est adopté. Il autorise les personnes effectuant leur pèlerinage en lieux saints à exercer le droit de vote par procuration à l’occasion du scrutin référendaire. Dans le passé, les procurations ont été massivement utilisées par des partis politiques pour remplir les urnes. D’ailleurs, le scrutin qui a porté IBK au pouvoir pour un deuxième mandat a été entaché par l’utilisation des procurations. Beaucoup d’adversaires du président sortant ont dénoncé les nombreuses procurations qui étaient visibles dans tous les centres de vote à Bamako et dans la plupart des régions.
Pour mettre fin à cette pratique dont abusaient les régimes en place, il a été décidé que les procurations soient écartées du vote. La demande est venue des partis politiques qui ont surtout souffert de l’utilisation des procurations par leurs adversaires. Toutefois, le retour des procurations n’est que partiel. Il s’agit seulement de permettre aux Maliens accomplissant le pèlerinage à la Mecque de voter. Pour l’instant, on est loin de la généralisation de sa pratique dans les bureaux de vote, comme ce fut le cas par le passé.
Certains pointent un doigt accusateur sur l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE), qui semble avoir atteint ses limites avant même qu’elle commence son travail de veille. En effet, des membres du gouvernement et des institutions publiques sont en train de battre campagne avec des moyens douteux, probablement des moyens de l’Etat. L’AIGE n’arrive pas à mettre en garde ces personnalités connues et agissant au vu et au su de tout le monde. Lors des meetings, en plus des ministres, on notait la présence de nombreux cadres se réclamant de leurs structures. Ainsi, des membres des institutions de la République, du gouvernement et d’autres structures de l’Etat, ont lancé le Collectif des acteurs institutionnels avec comme coordinateur le ministre d’Etat, chargé de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, le Colonel Abdoulaye Maïga.
Samedi dernier, à la faveur d’une conférence de presse, ils ont ouvertement expliqué leur mission électorale. Il y avait sur la scène Mahamadou Diallo, 4ème vice-président au Haut conseil des collectivités ; Lala Aicha Cissé, membre du CNT ; Amadou SanoussiDaffé, vice-président Conseil économique, social et culturel (CESC) ; Mme Kéita Salimatou, 5ème vice-Présidente Haut conseil des collectivités (HCCT) ;Bréhima Amadou Haïdara, 1er secrétaire du bureau du CESC. Le but est de battre campagne à Bamako et dans toutes les régions, et à l’extérieur du pays pour faire passer le projet de la nouvelle constitution.
Dans une déclaration, ces personnalités ont tout avoué, estimant qu’ils sont des citoyens et citoyennes maliens, membres du gouvernement, du Conseil national de Transition, du Haut conseil des collectivités, du Conseil économique social et culturel. Bien entendu, ils ont affirmé qu’ils agissent en dehors de leurs attributions officielles, et sont soucieux de préserver la neutralité de l’Etat et des institutions durant la campagne du scrutin référendaire, qui ne met en jeu des candidats en compétition. Ils se disent convaincus de leur engagement sans faille à réussir le processus de refondation de notre Nation.
Dans le respect des aspirations profondes du peuple malien ; adhérents totalement au projet de constitution qui reflète la vision du Malikura ; résolus à convaincre l’ensemble des Maliennes et des Maliens sur l’impérieuse nécessité de doter notre pays d’une nouvelle constitution ; ces personnalités ont affirmé qu’elles sont déterminées à rassembler l’ensemble des forces vives du pays pour un oui massif au scrutin référendaire du 18 juin 2023. C’est dans cette optique qu’elles ont décidé de créer le Collectif des acteurs institutionnels pour un Oui massif.
Cet engagement a été expliqué dans la déclaration lue par le Colonel Abdoulaye Maïga devant des journalistes. Le Programme de campagne référendaire du Collectif a été présenté au public. Ainsi, des activités sont diversifiées : des passages dans les médias et des meetings. L’AIGE n’a rien dit sur ces personnalités censées être neutres. Des meetings régionaux ont été programmés pour mercredi 14 juin, simultanément à Mopti, Tombouctou et Gao. Jeudi 15 juin, il y a eu des meetings à Kayes, Koulikoro et Sikasso. En fin, un meeting de clôture a eu lieu vendredi 16 juin au stade du 26 mars à Bamako.
Oumar KONATE
