Le torchon brûle entre les partisans de la transition, surtout que les colonels restent muets sur la question électorale. Ce que certains craignent le plus, ce sont les sanctions de la Communauté économique des Etat d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). De nouvelles sanctions pourraient frapper le pays si le chronogramme électoral n’est pas respecté. Les autorités de la transition ne montrent aucune garantie susceptible d’un plan électoral. Aucune information fiable n’établit la renonciation des Colonels à se présenter à la présidentielle, encore moins sur leur intention de choisir un candidat parmi les civils.
Pour la CEDEAO, il est hors de question que les membres de la transition soient candidats à la présidentielle. La charte de la transition le leur interdisait, mais cette charte a été révisée il y a longtemps. Malgré cela, la CEDEAO et certains hommes politiques s’accrochent au fait que Assimi doit respecter cette disposition enlevée de la première version de la charte. Les sanctions qui pesaient contre le Mali ont été levées sous peine d’être reconduites au cas où la transition ne respectait pas les injonctions de la CEDEAO. C’est dans ce contexte que certains pensent que le malentendu s’installe entre certains soutiens et autorités de la transition.
Dans cet ordre d’idées, certains activistes vont jusqu’à prendre des risques démesurés en voulant imposer leur lecture de la situation aux autorités. Aujourd’hui, des représentants de mouvements, dont un membre du Conseil national de transition (CNT) sont poursuivis pour avoir porté atteinte au crédit de l’Etat dans ce contexte tendu. Beaucoup ont demandé la candidature du Assimi et l’organisation rapide des élections. Dans ce registre, note-t-on, les militaires donnent l’impression de ne pas avoir un agenda électoral, la priorité étant la sécurisation du pays qui fait à présent face aux incursions terroristes depuis l’annonce du retrait de la MINUSMA.
La question de la tenue des élections en février 2024 divise les Maliens. Le Premier qui semble s’inscrire dans la logique de tenir le scrutin présidentiel à temps n’a visiblement pas caution de tous les acteurs de la transition. Car, selon certaines indiscrétions, la tenue des élections dans les conditions actuelles n’est pas appréciée par tous les responsables de la transition. A en croire des observateurs de la scène politique malienne, cette tendance veut plutôt une prolongation du délai, sans se précipiter sur l’organisation des élections. C’est dans ce contexte que le sort de la transition sera bientôt fixé par le CNT. D’autres analystes soutiennent qu’une nouvelle prolongation de la transition pourrait exposer le pays à de nouvelles sanctions de la part de la CEDEAO. Or, à en croire certains, le Mali peut contourner ce bras de fer avec la communauté en trouvant la bonne formule pour que l’équipe actuelle puisse continuer.
Pour certains observateurs, la transition n’a pas pris le soin de se mettre à l’abri d’une telle pression estimant que le Mali continue d’utiliser le franc CFA, en livrant mains et pieds ligotées à l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA). C’est dire que même les soutiens de la transition commencent à montrer des signes de fatigue à l’égard des multiples prolongations. Dans la foulée, des religieux montent au créneau pour soutenir l’idée d’une prolongation. C’est ainsi que l’on voit sur les réseaux sociaux des images montrant le soutien du Chérif de Nioro à une nouvelle prolongation.
Au même moment, pour des raisons de conviction pour certains et le simple désir de goûter aux délices du pouvoir pour d’autres, des mouvements politiques pensent que la transition doit trouver des voies et moyens d’organiser rapidement les élections.
Rappelons que plus ou moins, la même idée avait été subtilement soutenue par Choguel Maïga lors du séminaire gouvernemental passé. Le ton utilisé par celui-ci n’avait pas été accepté par certains soutiens de la transition. Certains proches de la Primature continuent de véhiculer le même message arguant que la patience du peuple a des limites. Et qu’il faut maintenant que les résultats des réformes sur le plan économique soient tangibles.
Mais d’autres proches de la transition soutiennent sans réserve l’idée de la prolongation. La première prolongation a été soutenue par Bouyé Haïdara. On se souvient que des fidèles de la communauté hamalliste ont marché, le i 26 août 2021 à Nioro du Sahel dans ce cadre. Lors de cette marche de soutien à la transition, on pouvait lire sur leur pancarte : « nous soutenons l’idéologie du Chérif Bouyé pour la prolongation de la transition. Écoutez Bouyé c’est la solution, super Chérif 100%… ».
L’exception des mines
Le seul domaine économique où le Mali semble être un peu résilient est le secteur des mines. Au ministère des Mines, le temps n’est pas l’allié de la commission chargée de suivre l’application des recommandations faites par le président Assimi Goïta. En collaboration avec une équipe technique basée au ministère de l’Économie et des Finances, les cabinets Iventus-Mazars ont relevé beaucoup d’anomalies dans le secteur de l’exploitation minière au Mali.
Ainsi, pour que l’or brille pour les Maliens, le chef de l’Etat compte réformer le secteur de fond en comble. C’est dans ce contexte que le ministère des Mines a été séparé du ministère de l’Energie et de l’Eau.
Le choix du président de la transition a été porté sur un professeur des universités, Amadou Keïta, qui doit réussir dans un secteur n’étant pas de son ressort à priori. Il ressort de l’audit un constat peu reluisant selon Mamou Touré, Coordinateur des cabinets Iventus-Mazars. Les auditeurs ont souligné l’existence d’énormes irrégularités dans le secteur minier malien. Des problèmes se rapportant notamment au non-respect des lois en vigueur dans le domaine. Les experts recommandent des améliorations, surtout en ce qui concerne les méthodes utilisées dans l’exploitation minière.
Pour faire de cette activité un véritable tremplin économique pour le Mali, des réformes institutionnelles sont indispensables. Et c’est le challenge du nouveau ministre des Mines. Et selon les explications du Coordinateur d’Iventus-Mazars, on doit exiger le rapatriement des devises d’exploitation conformément à la réglementation en vigueur. Rappelant les trois principes qui guident les actions publiques au Mali, le ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, a indiqué que l’une des préoccupations majeures des Maliens lors des Assises nationales de la refondation, étaient de savoir si un jour l’or pourrait briller pour le Mali et les Maliens.
Grâce aux conclusions de cette étude, l’espoir est permis. L’audit a été mené suivant les instructions du Président de la Transition, le colonel Assimi Goita. Place à présent à la mise en place de mécanismes pouvant permettre au Mali de pleinement profiter de l’exploitation de son or. Les cabinets d’audit ont travaillé avec l’ensemble des 15 mines en exploitation présentement au Mali, avec une équipe technique basée au ministère de l’Économie et des Finances.
Nampaga KONE
