A en croire certains observateurs, les Maliens seront soumis à un régime fiscal dont la pression continuera de monter. Pour cela, il faut se référer au rapport du ministre de l’Economie et des Finances sur le document de Programmation budgétaire et économique pluriannuelle sur la période 2024-2026. En règle générale, le projet de loi de finances de l’année est élaboré par référence à un document de Programmation budgétaire et économique pluriannuelle couvrant une période minimale de trois ans, selon les dispositions de la loi n°2013-028 du 11 juillet 2013 relative aux lois de finances.
Ainsi, le document de Programmation budgétaire et économique pluriannuelle 2024-2026 est établi sur la base d’une prévision de croissance réelle de 5,2% en moyenne sur la période de cadrage. Sous cette hypothèse, les efforts de mobilisation de recettes fiscales visent à atteindre un taux de pression fiscale moyen de 15,4%, passant de 14,8% en 2024 à 15,4% et 16,1%, respectivement en 2025 et 2026. Cet objectif s’appuie essentiellement sur une perspective d’amélioration de la situation sécuritaire, sanitaire et socio-politique ainsi que la poursuite des mesures et réformes en cours et ou envisagées par le Gouvernement.
Ce document de Programmation budgétaire et économique pluriannuelle est adopté en Conseil des ministres et soumis au débat d’orientation budgétaire au Parlement, au plus tard à la fin du deuxième trimestre de l’année. Le débat d’orientation budgétaire s’inscrit dans le cadre du renforcement de l’approche participative de la préparation du budget d’Etat. Il permet au gouvernement d’informer le Parlement sur les perspectives d’évolution des finances publiques et de partager, avec lui, les objectifs, les orientations et les contraintes de la politique budgétaire à moyen terme.
Cette phase du processus budgétaire a pour objectif de permettre aux autorités nationales chargées des arbitrages et de la politique budgétaire d’opérer les choix stratégiques pour l’élaboration de la prochaine loi de finances. Le présent document s’appuie sur les orientations stratégiques définies dans le plan d’actions prioritaires du Gouvernement de Transition 2022-2024, issu du Cadre stratégique de la refondation de l’Etat. Il vise aussi à consolider les acquis du Cadre stratégique pour la relance économique et le développement durable 2019-2023.
Le coût global pour la mise en œuvre des actions du gouvernement sur la période 2024-2026 est projeté en moyenne à 3 324,2 milliards de FCFA. C’est dire que la pression fiscale continuera de monter au fil des années. Les entreprises et les individus pourraient sentir de plus en plus le fardeau des impôts. Directement ou indirectement, les impôts auront un impact sur les épargnes des Maliens qui sont peu habitués à la fiscalité. En contrepartie, l’Etat devra fournir davantage d’efforts pour donner satisfaction aux citoyens avec une croissance en hausse.
Cette situation s’accompagne d’un changement lent aux yeux de certains analystes qui estiment que la transition traine les pieds en matière de réformes économiques. Ainsi, alors que la transition malienne peine à trouver des solutions endogènes à la vie chère et au chômage, le Burkina vient de prendre une voie rassurante. La petite bourgeoisie qui a pris les Maliens en otage arrive à ralentir les choix des cinq colonels, alors que le président de la transition burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, a souscrit, le lundi 12 juin 2023 à Ouagadougou, au programme de l’entrepreneuriat communautaire par actionnariat populaire. Ouagadougou est loin des dettes que Bamako est en train de s’encombrer alors que des conseillers du pouvoir avaient sollicité l’ouverture de l’actionnariat populaire.
La transition du Burkina va ainsi créer un million d’emplois directs en deux ans et fera du secteur privé le véritable moteur de la croissance économique. Les deux pays en guerre sont sur la même longueur d’onde sur bien de plans sauf les choix économiques. Assimi Goïta a choisi de recourir à l’endettement auprès de certaines institutions de financement qui ont pourtant montré leurs limites en Afrique. Alors que des soutiens de l’économie alternative comme Aminata Dramane Traoré sont ignorés à Bamako, la transition burkinabé est en train de valoriser le fervent défenseur de l’actionnariat populaire, Pr Laurent Bado.
Ce dernier, après avoir longtemps lutté pour l’adoption du financement populaire des industries de son pays, l’enseignant de droit à la retraite et président d’honneur du Parti pour la renaissance nationale (PAREN) était honoré à l’occasion du lancement de l’actionnariat populaire. L’actionnariat populaire offre aux Burkinabè de l’intérieur et de l’extérieur la possibilité d’investir dans des projets et des entreprises nationales, leur permettant de bénéficier des retombées financières sous forme de dividendes. Il consiste à faire du peuple le propriétaire du capital et du travail.
Ouagadougou a même créé l’Agence pour la promotion de l’entrepreneuriat communautaire. Le programme démarre avec un premier lot de quatre projets d’entreprises pour lesquels l’Etat apporte une contribution de 20%. Il s’agit de l’extension de la société Faso tomate (SOFATO) avec l’ouverture de deux nouvelles usines de transformation de tomates à Bobo-Dioulasso et Tenkodogo, afin d’absorber la production nationale.
Le deuxième projet concerne la création d’une société d’exploitation semi-mécanisée de l’or sur un certain nombre de sites en collaboration avec le ministère en charge des Mines. Le troisième projet porte sur la mécanisation et l’intensification agricole à travers la promotion de la petite irrigation agricole. Ce projet permettra de créer un million d’emplois directs en deux ans et d’équiper 100 000 forages de système de pompage solaire. Le quatrième projet concerne la mise en place d’une centrale d’achats des produits locaux destinée à créer un marché sûr des productions agricoles, et organiser la vulgarisation et la vente maîtrisée des principales denrées de première nécessité.
Les associations luttant contre la vie chère au Mali ont crié en vain pour l’adoption d’une politique de ce genre par le gouvernement malien. Ni le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, ni le ministre de l’Economie et des Finances, AloussenouSanou n’ont agi dans ce sens. On peut accorder à Assimi Goïta le bénéfice de sa très lourde charge de coordonner la sécurisation du pays. Mais, ses ministres ont lamentablement échoué sur le terrain économique. Rien que l’année dernière, le quatrième projet lancé par le président Burkinabé aurait pu être lancé au Mali et ses résultats sur la cherté des prix auraient été bénéfiques en ce moment.
Madou COULOU
