Les semaines à venir seront importantes pour le Mali qui doit trouver un autre allié pour porter sa plume aux Nations Unies. Le Mali récuse officiellement la France comme son porteur de plume aux Nations Unies. C’est évidemment une mauvaise nouvelle pour le chef d’État français qui était en pleine tournée en Afrique le 2 Mars 2023, lorsque la note malienne a commencé à circuler sur les réseaux sociaux. C’est d’autant plus dramatique que Macron voulait profiter de son voyage en Afrique pour rapprocher des opinions africaines critiques à son égard.
Les raisons de la décision malienne sont expliquées clairement dans la correspondance des autorités de transition adressée à la France. Il s’agit de l’interdiction de la France par le Mali de parler en son nom au Conseil de sécurité de l’ONU. Car, eu égard au manque de sincérité de la France, les autorités maliennes sont restées sur leur faim au sujet de la diplomatie internationale. Ainsi, elle n’accorde plus de crédit à la France sur ce volet parmi tant d’autres. Partant, Le gouvernement malien dans sa lettre adressée aux Nations Unies le 1er mars 2023 récuse officiellement le statut de porte-plume de la France sur toutes questions examinées par le Conseil de sécurité concernant surtout les affaires du Mali.
Selon la transition malienne, cette récusation fait suite aux actes hostiles, notamment la violation de l’espace aérien du Mali par des aéronefs des Forces françaises, que le gouvernement avait dénoncé à travers un communiqué, le 12 janvier 2022. Ces alertes publiques ont été suivies, le 15 août 2022, d’une lettre par laquelle le gouvernement de la République du Mali portait plainte auprès de Conseil de sécurité pour actes d’agression, de violation de son espace aérien, de subversion et de déstabilisation.
C’est au vu de la gravité de ces faits qui pour le moins interrogent sur l’objectivité et l’impartialité de la République française que Bamako, récuse le statut de porte-plume de la France sur toute affaire concernant le Mali au Conseil de sécurité à l’ONU.
Faut-il le rappeler, la France a toujours porté depuis le 20 décembre 2012 la plume sur toutes les questions concernant le Mali devant cet organe onusien, y compris pour ce qui concerne l’initiative et le portage des projets de résolutions relatifs au mandat de la MINUSMA ou au régime de sanctions concernant le Mali. Mais, conformément aux nouvelles orientations de la diplomatie malienne qui raffermit des relations avec les puissances telles que la Russie, un climat de méfiance s’est installé entre les deux pays. Le Mali a pris ses distances avec la France qui, à son tour, ne fait rien pour arranger les choses.
Bamako a de bonnes raisons de se fâcher contre la France, puisque la réunion demandée par les autorités maliennes pour porter les preuves de la complicité entre la France et certains groupes terroristes n’a pas encore eu lieu plusieurs mois après la demande. La France qui porte la plume du Mali a tout fait pour bloquer la convocation de cette réunion au Conseil de sécurité des Nations Unies. Le Mali qui se bat contre le terrorisme depuis 2012 avait malheureusement fait confiance à la France qui est aujourd’hui suponnée d’etre de conivence avec des groupes terroristes ayant endeuillé le pays.
Le nouvel ordre se dessine aussi sur le plan économique. On ne sait pas quand est-ce que la demande du Mali sera adressée aux BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), mais la transition travaille main dans la main avec les responsables de cette organisation. Tout le monde est sûr que l’adhésion du Mali à cette organisation dépend de la demande des autorités, surtout que la Russie et la Chine qui sont des piliers de ce regroupement s’appuient profondément sur le Mali et les autorités transitoires pour percer en Afrique. La preuve est que la transition a échappé plusieurs fois à des sanctions aux Nations Unies grâce au droit de veto des deux puissances qui tirent les BRICS.
Aujourd’hui, tout rapproche le Mali aux BRICS comme l’indique le développement des échanges entre le Mali et les pays du bloc. Assimi a choisi de renforcer l’approvisionnement du Mali via la Russie, la Chine et d’autres pays qui ont fait la demande d’adhérer aux BRICS. L’Iran et la Turquie font partie de ces pays qui comptent dans les nouveaux axes d’échanges commerciaux mis en place par le Mali. Selon des sources officielles, environ deux douzaines de pays ont fait part de leur intention de rejoindre soit le groupe des BRICS soit l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).
A en croire le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le nombre de pays souhaitant rejoindre les BRICS et l’Organisation de coopération de Shanghai a augmenté de façon spectaculaire au cours des deux dernières années, y compris la première année de l’opération militaire spéciale. « Ce nombre est actuellement d’environ deux douzaines », a déclaré le chef de la diplomatie russe pour qui il s’agit de pays qui jouent vraiment un rôle très important dans leurs régions. Il y a l’Égypte, la Turquie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Indonésie, l’Argentine, le Mexique et certains pays africains dont la liste n’a pas été dévoilée.
Logiquement, le Mali doit faire partie de ces pays africains voulant être membres des BRICS ou de l’Organisation de coopération de Shanghai. Les BRICS plaident en faveur d’une refondation des organisations internationales, comme le Conseil de sécurité de l’ONU et les organisations financières de Bretton Woods (FMI, Banque mondiale). En 2019, le groupe représentait plus de 40% de la population mondiale et ses cinq pays avaient un produit intérieur brut cumulé de 18 600 milliards de dollars, soit environ 23% du produit intérieur brut mondial.
Le processus de refondation du Mali entamé par Assimi Goïta a besoin sur le plan économique de s’appuyer sur des organisations qui ouvrent de nouvelles opportunités économiques. Selon les estimations du Fonds monétaire international, les États membres du groupe sont responsables de plus de la moitié de la croissance économique mondiale de la dernière décennie. L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) bénéficie d’un poids démographique phénoménal, représentant près de la moitié de la population mondiale, qui s’ajoute à sa superficie géographique et à ses ressources énergétiques.
Oumar KONATE

