Si à Bamako le Mouvement Yèrèwolo Débout sur les remparts et alliés manifestent pour le départ de la Minusma du Mali, dans des régions du nord du pays, notamment celle de Gao, la société civile se mobilise pour son maintien. Du côté du gouvernement, c’est le silence radio.
De plus en plus, le départ de la Minusma devient la pomme de discorde entre les Maliens. Au moment où le mouvement Yèrèwolo débout sur les remparts et ses alliés tenaient un grand meeting dans la salle de 3 000 places du Palais de la Culture Amadou Hampâté Bah de Bamako pour, disent-ils, demander le départ de l’organisation onusienne, des organisations de la société civile de Gao préparaient une conférence afin de manifester leur soutien au maintien de la Minusma.
Dans une déclaration rendue publique samedi 29 avril 2023, les corps constitués de la société civile de Gao contrarient la position de Bamako. A travers ladite conférence de presse, note-t-il vouloir donner leur opinion par rapport à la campagne menée depuis quelque temps par certaines organisations basées à Bamako pour demander le départ de la Minusma.
Face à cette situation, elles déclarent que leur approche s’inscrit dans la droite ligne de la résistance des jeunes et des communautés de Gao de 2012 pour sauver l’unité nationale et l’intégrité territoriale du Mali. Estimant que cette résistance mérite reconnaissance nationale et consolidation. Partant, rappelleront-elle que la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) dont le mandat a été renouvelé par le Conseil de sécurité jusqu’en juin 2022 à travers la Résolution 2640 (2022) contribue à réaliser deux priorités stratégiques : l’appui à la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali (« l’Accord »), ainsi que la transition politique. La seconde vise à faciliter la mise en œuvre d’une stratégie malienne globale à orientation politique pour protéger les civils, réduire la violence intercommunautaire et rétablir l’autorité et la présence de l’État ainsi que les services sociaux de base dans le Nord et le centre du Mali.
« La Minusma est l’opération de maintien de la paix la plus meurtrière de l’ONU ; cependant, elle est la première également pour la sauvegarde du patrimoine culturel.
Certes, le résultat escompté n’est pas satisfaisant pour tout le monde, surtout pour ce qui concerne la protection des civils. Les raisons de cette insatisfaction sont diverses (mission elle-même, parties maliennes signataires de l’Accord pour la paix, contingences géopolitiques et géostratégiques mondiales, etc.). Qu’à cela ne tienne, il faut se garder de jeter le bébé avec l’eau du bain. Aujourd’hui, la mission de la Minusma ne devrait pas être considérée sous l’angle seulement de la sécurité, surtout de la protection des civils. Sa contribution au changement radical des conditions de vie et de travail pour bon nombre de nos compatriotes ne doit pas être sous-évaluée. Nos frères et sœurs y travaillent, nos entrepreneurs sont des partenaires contractuels de la mission; les transporteurs et autres prestataires sont aussi liés à la mission. Beaucoup de bâtiments et services publics au Nord comme au centre sont réhabilités et équipés par la Minusma…Au plan humanitaire, le nombre des projets à impact rapide, les projets de réduction des violences communautaires ainsi que la mise à disposition des fonds fiduciaires et la réalisation d’adduction d’eau pour les quartiers périphériques implémentés sont innombrables à travers le nord et le centre….
Les évacuations sanitaires, les ponts aériens pour la facilitation des voyages, l’acheminement des médicaments et le transport des officiels maliens. La Minusma est aujourd’hui une mission d’union entre Maliens et entre eux et leurs autorités qui ne peuvent souvent se rendre auprès de leurs citoyens sans l’assistance de la mission. Même si elle n’a pas l’importance d’un cordon ombilical, elle n’y est pas très éloignée. L’économie locale, régionale voire nationale a beaucoup été impactée positivement par la Minusma.
», Précise-t-on dans la présente déclaration.
Dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, poursuivent les corps constitués de Gao, tous les mécanismes de celui-ci bénéficient de l’appui, de l’accompagnement et de l’assistance de la Minusma. Mieux, argumentent-elles, le processus des réformes politiques et institutionnelles bénéficie de l’accompagnement de la Minusma et les services pénitentiaires comptent aussi parmi les bénéficiaires du mandat de la mission à travers la chaine pénale.
Oumar KONATE
