Le Niger, le Burkina Faso et le Mali font désormais face à la détermination de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest(CEDEAO) à faire respecter la gouvernance démocratique dans la sous région.
Après le communiqué conjoint du Mali et du Burkina Faso mettant en garde la Cedeao contre une intervention militaire contre les auteurs du coup d’Etat contre Mohamed Bazoum au Niger, le général Salifou Mody s’est rendu dans les deux pays limitrophes de sa patrie. Il a surtout été question de ce qu’il faut faire ensemble pour faire échec à toute éventualité d’action militaire de la Cedeao contre les putschistes d u Niger.
Au plan commercial, ces pays dirigés par des militaires entendent faire de l’handicap créé par les sanctions de la Cedeao un atout. Dans les milieux d’affaires maliens, des opérateurs économiques cherchent à transformer les sanctions de la CEDEAO en opportunités pour le Niger voisin. Des démarches visent à vendre le pétrole raffiné du Niger au Mali et au Burkina Faso pour renflouer les caisses de l’Etat nigérien. La CEDEAO qui a décrété des sanctions financières en suspendant les avoirs de l’Etat nigérien et en bloquant les transactions bancaires, oblige ainsi les nouvelles autorités à se tourner vers d’autres sources financières.
De nombreux contacts se mettent en place pour que le Mali et le Burkina Faso qui utilisent le franc CFA aident le Niger à obtenir de l’argent. Selon l’ancien ministre du Pétrole du Niger, Sani Mahamadou, son pays envisageait de faire passer la production nationale de pétrole à 200 000 b/j, d’ici 2025 ou 2026, contre 20 000 b/j actuellement. « D’ici 2025, le pétrole représentera au moins 25 % de notre PIB et près de 50 % des recettes publiques proviendront également de l’industrie pétrolière. Et cela représente également près de 80 % de toutes nos exportations », avait déclaré le ministre.
Le gouvernement nigérien misait sur le projet de construction de l’oléoduc Niger-Bénin. L’infrastructure, qui aura à terme une capacité de près de 150 000 b/j, permettra au Niger d’accroître de façon significative sa production dès l’année prochaine. Lorsque l’oléoduc sera achevé l’année prochaine, la production passerait à 110 000 barils par jour. 20 000 barils seront toujours raffinés localement, et 90 000 barils seront acheminés par l’oléoduc jusqu’au Bénin.
Par ailleurs, le gouvernement compte encourager l’exploration pétrolière et gazière dans le pays. C’est dans cette optique qu’un accord de partage de production sur le pétrole du bloc Kafra, situé à la frontière avec l’Algérie, a été signé avec Sonatrach, en février dernier. C’est pour cela que les frontières terrestres et aériennes du Niger avec cinq pays frontaliers ont été rouvertes, près d’une semaine après leur fermeture lors d’un coup d’État ayant renversé le Président Mohamed Bazoum.
Le 1er août, un des membres du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie(CNSP) à la télévision nationale a annoncé l’ouverture des frontières. Les frontières terrestres et aériennes du Niger avaient été fermées le 26 juillet 2023 dans la foulée du renversement de Bazoum.
La réouverture des frontières avec cinq pays limitrophes survient quelques jours avant la fin de l’ultimatum pour rétablir l’ordre constitutionnel, exigé dimanche par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui n’exclut pas l’usage de la “force” s’il n’est pas respecté. Les chefs d’état-major des pays de la CEDEAO se sont réunis du 2 au 4 août à Abuja au sujet de la situation au Niger. Le front commun du Mali et du Burkina Faso concerne aussi le traitement réservé à leurs partenaires traditionnels dont les deux pays veulent se séparer. Il s’agit notamment de se départir de la France et son alliée, les Etats-Unis.
Si pour la France, le Mali continue de se lamenter des supplices subis pendant la période coloniale, ses rapports avec les Etats-Unis d’Amérique se dégradent de plus en plus. La situation est de plus en plus tendue entre nos deux pays au sujet des droits de l’homme dans la lutte contre le terrorisme. Ainsi, le gouvernement de la Transition prend note du communiqué de presse par lequel le Bureau de Contrôle des avoirs étrangers du Département du Trésor des Etats Unis d’Amérique annonce des mesures restrictives unilatérales et extra territoriales contre des hautes personnalités et valeureux officiers supérieurs maliens sur la base d’allégations infondées. Pour la transition, ces nouvelles mesures sont contraires au droit international que le gouvernement condamne vigoureusement.
Ces mesures, selon la transition, viennent malheureusement rallonger la longue liste des mesures agressives, des actes d’intimidation, de chantage et des campagnes hostiles contre le Mali, au moment où nous sommes résolument engagés dans la lutte contre le terrorisme et l’insécurité sous toutes ses formes. Pour rappel, dans son communiqué n°053 du 27 mai 2023, le gouvernement de la Transition a mis en garde les autorités américaines, après leur avoir rappelé la série d’actes hostiles et provocateurs à l’encontre de notre pays.
En outre, le gouvernement de la Transition invite les autorités américaines à se remémorer constamment leur responsabilité dans l’aggravation de la situation sécuritaire dans notre pays, qui est consécutive à l’intervention militaire unilatérale de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en Libye qui a déstabilisé toute la région. A cet égard, le gouvernement malien indique qu’il est troublant de constater que les autorités américaines qui font partie de ceux qui ont activement contribué à la propagation du terrorisme et des armes dans le Sahel avec son lot de victimes, en créant le chaos en Libye, soient ceux-là mêmes qui, à défaut d’assurer « le service après-vente » et de nous aider à relever ce défi, mènent des campagnes hostiles, diabolisent nos partenariats et tentent de saper le moral de nos vaillantes Forces de Défense et de Sécurité, en politisant et instrumentalisant les droits de l’Homme.
Malgré un contexte général difficile subtilement aggravé pour le Mali à travers la désinformation et la propagande, sur fond de manœuvres géopolitiques exacerbées, la volonté inébranlable du gouvernement de la Transition demeure la sécurisation du territoire et le retour à un ordre constitutionnel apaisé et sécurisé, en veillant à la stricte application des 3 principes guidant l’action publique au Mali, définis par le Colonel Assimi GOÏTA, à savoir: le respect de la souveraineté du Mali ; le respect des choix de partenariat et des choix stratégiques opérés par le Mali et la prise en compte des intérêts vitaux du Peuple malien dans toutes les décisions.
Tout en dénonçant avec force l’approche agressive des Etats Unis d’Amérique contre les Autorités et le peuple malien, le gouvernement de la Transition indique que l’adoption de ces mesures sans effets offre l’heureuse occasion de réitérer la fierté du gouvernement et du peuple malien aux militaires injustement ciblés en particulier, et à tous les éléments des Forces de Défense et de Sécurité en général pour leur engagement pour la défense de la patrie. Enfin, le gouvernement de la Transition saisit l’occasion pour inviter la population malienne à se tenir « debout sur les remparts » et à redoubler de vigilance face aux tentatives de déstabilisation du pays et aux actes d’agression internes et externes visant la cohésion sociale et l’unité du Mali.
C’est dans ce contexte qu’intervient le coup d’État au Niger et la menace d’intervention de la communauté internationale pour déloger les putschistes d’où l’impérieuse nécessité pour le Mali, le Burkina et le Niger de faire front commun.
Oumar KONATE
