En dépit d’une réputation, quoique usurpée, de chantre de la bonne gouvernance qu’il s’est lui-même attribuée quand il est arrivé à la Primature à la faveur du second coup d’Etat perpétré par les militaires au pouvoir, chef du gouvernement de la transition, Choguel Kokalla Maïga peine aujourd’hui à imprimer le dynamisme qu’on attend de lui, malgré les tâches énormes qui l’attendent. La faute ? A un bicéphalisme latent voire ce désordre ambiant, qui affecte l’actuelle équipe, pour lequel il n’arrive pas à se défaire. Et qui plombe la réussite de la transition.
Affaibli par un malaise qui l’a éloigné des affaires publiques pendant longtemps (l’homme ne semble pas en pleine forme depuis son retour), et méprisé par certains membres du gouvernement, comme il est souvent rapporté par des sources, Choguel Kokalla Maïga, ces derniers temps, a du mal à imprimer le dynamisme qu’on attendait de lui ; lui qui s’est autoproclamé chantre de la bonne gouvernance.
Selon des sources concordantes, il apparait au grand jour que certains ministres du gouvernement empiètent très dangereusement sur les prérogatives de leurs collègues, au vu et au su d’un Premier ministre impuissant, de plus en plus esseulé. Et cela, en dépit de la répartition des tâches ministérielles.
Voilà la raison de la grande frustration qui caractérise l’équipe Choguel, sur laquelle le Premier ministre ne semble apporter aucune réponse et dont les conséquences plombent l’action gouvernementale, entre colère, incertitude et manque de cohésion.
Le fait inédit, qui a été remarqué par les observateurs, comme une caractéristique typique de la crispation des rapports entre les membres du gouvernement, est relatif au malaise vécu par les ministères de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable ainsi que de l’Energie et des Mines. En cause ? L’interventionnisme répété et encombrant de certains membres du gouvernement sur les plates-bandes de ces ministres, dont les premiers responsables se sentent du coup persécutés sur leur propre terrain.
Lors de la visite de la décharge finale de Noumoubougou, en fin décembre 2022, tout le monde a perçu que le ministre de tutelle, Abdoulaye Koné, avait été mis à l’infinitif dans le déroulement des événements. Réduit en un simple spectateur. C’est le ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, le tout puissant colonel Abdoulaye Maïga, et son collègue des Transports et des Infrastructures, Mme Dembélé Madina Sissoko, qui lui ont ravi la vedette.
A cette occasion, au cœur de l’événement, les mots du ministre Abdoulaye Maïga et ses collègues n’ont trompé personne quant à la mise à l’écart des ministres de tutelle : « Noumoubougou dont le coût de réalisation est estimé à 7 milliards F CFA est loin d’être une décharge moderne initialement prévue dans le cahier de charges de sa construction. A mon humble avis, ce que nous avons à Noumoubougou est plus un dépôt d’ordures anarchique qu’une décharge moderne. Il n’y a pas d’équipements et il y a beaucoup de nuisances ». Une plainte à peine voilée adressée en public à des collègues.
Le même tempo, la même ambiance délétère est palpable au dépôt de Medina-Coura, loin du stade omnisports Modibo Kéita, où Mme le ministre des Transports et des Infrastructures a enfoncé le clou en ces termes : “Je me suis impliquée personnellement pour retenir ce site de Médine. Il est prévu de bétonner le nouveau site avec des chéneaux pour pouvoir évacuer l’eau de la colline. Il est prévu un ouvrage qui va recueillir ces eaux pour les amener vers les collecteurs. Un forage équipé, un système d’éclairage et des blocs latrines sont prévus”.
D’autres faits, d’autres manifestations de colère et de frustration. Des sources rapportent que la non-implication du ministère de l’Energie et des Mines dans le processus d’élaboration du rapport de l’audit des mines d’or en activité au Mali a suscité un réel tollé en haut lieu du pouvoir d’Etat. On dit dans les coulisses que le patron du département chargé de l’Energie et des Mines, qui ne semble pas être un homme à se faire marcher sur les pieds, a bel et bien désapprouvé l’accaparement de ce dossier, jugé stratégique, par diverses sources concordantes, par le ministère de l’Economie et des Finances.
D’ici là, en attendant que les choses rentrent dans l’ordre, et que le malaise ne se dissipe au sein du gouvernement, le 29 mars 2023 dernier, le Conseil des ministres a été informé de la remise du rapport de l’audit des mines d’or en activité au colonel Assimi Goïta.
Si les intentions sont belles et encourageantes, sur les objectifs assignés à cet audit, d’autant qu’il s’agit de faire profiter l’énorme potentialité aurifère du pays à ses populations, les frustrations et les colères qui s’y attachent, font que le montage technique de ce dossier a achevé la fracture au sein d’une équipe gouvernementale, dont le chef, autoproclamé chantre de la bonne gouvernance, n’a plus aucun contrôle.
On le voit tous, en dépit des intentions louables affichées sur ce dossier, la démarche qui a été suivie pour son montage a été jugée méprisante par le département des Mines. Ce qui a créé une grande frustration et une méfiance, conduisant au malaise ambiant entre les deux entités ministérielles, dirigées, on le sait, par deux poids lourds de la transition.
Où est donc passé le tonitruant Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, l’autoproclamé champion de la bonne gouvernance, dont la capacité à contrôler son attelage gouvernemental est mise à rude épreuve ?
Le temps nous édifiera davantage.
Oumar KONATE
La Preuve
