Les prochaines élections se tiendront avec une nouvelle carte d’identité dont le processus peine à se mettre en place. En plus des complications liées à la réduction du nombre des centres de correction des données, de sources concordantes révèlent que la révision des données du Numéro d’identification national (Nina) est en train d’être corrompue. On ne sait pas quand est-ce que les cartes biométriques pourront être mises en circulation avant les élections dont le référendum.
Beaucoup de Maliens estiment que les choses sont lentes au niveau des centres de correction. Mais on indique surtout que le ministre de la Sécurité et de la Protection civile est personnellement interpellé par cette situation qui n’honore pas les autorités de la transition. Les gens racontent que c’est surtout à l’intérieur du pays que les agents se permettent d’encaisser de l’argent aux citoyens sans risque d’être inquiétés par les autorités.
A en croire des témoins, dans le cercle de Sikasso, il y a des gens qui sont obligés de payer pour corriger leurs données biométriques. Plusieurs centaines de personnes ont été victimes de cette pratique de corruption dont le résultat sera un sabotage du processus. Dans d’autres localités du pays, on apprend l’existence des mêmes pratiques autour de la correction des données biométriques.
C’est dire que le ministre de la Sécurité n’a pas suffisamment de contrôle sur le processus dont il a la responsabilité. Les agents chargés de la correction se permettent ainsi de violer la loi en utilisant la révision pour se faire de l’argent. Un doigt accusateur est aussi pointé sur les maires, les responsables des services de gendarmerie et de police qui sont censés suivre de près le bon déroulement des opérations.
Les pratiques malsaines qui se sont développées autour de la carte Nina et de la carte d’identité nationale sont toujours d’actualité. Les agents font exprès de créer une pénurie ou de ralentir le processus pour que les gens soient soumis à la fatigue. Certains proposent de l’argent pour faciliter le processus.Ce qui est contraire à la loi. Même à l’extérieur du pays le même problème existe, comme l’indiquent des témoins.
C’est ainsi que des Maliens vivant en Espagne ont signalé le passage des équipes de la révision des données biométriques. Le problème est que ces gens demandent aux Maliens d’Espagne de payer quelques euros après la correction de leurs données. Le président de la transition doit personnellement se mobiliser pour résoudre ces pratiques de corruption. Mais le fléau va au-delà de la carte biométrique.
La petite corruption touche beaucoup de services de la répression, notamment la police chargée de la circulation routière. C’est parce que la transition a fermé les yeux sur l’absence des quittances que la corruption s’est installée à tous les niveaux.
Question de stabilité
La tenue des élections dépendra aussi de la suite du processus de paix engagé depuis 2015. C’est pour cela que le colonel Ismaël Wagué ne veut plus perdre du temps dans le processus de paix en faisant recours à de nouvelles méthodes. Au moment où les opérations de stabilisation de l’armée se renforcent au nord du pays, le ministre de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale, Chargé de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation nationale, a ainsi fait adopter un projet de décret portant création, organisation et modalités de fonctionnement de la Commission nationale de désarmement-démobilisation-réinsertion.
Il a aussi introduit un projet de décret portant création, organisation et modalités de fonctionnement de la Commission nationale d’intégration. Selon lui, dans le cadre de la résolution de la crise que notre pays connaît depuis 2012 et en vue d’asseoir une paix durable, le gouvernement a signé avec les mouvements armés l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du Processus d’Alger, les 15 mai et 20 juin 2015, sous l’égide de la médiation internationale.
Cet accord prévoit dans ses mécanismes la mise en place des structures chargées exclusivement du processus de désarmement, de démobilisation, de réinsertion et d’intégration de l’ensemble des combattants des mouvements armés signataires. C’est dans ce cadre que la Commission nationale de désarmement-démobilisation- réinsertion et la Commission d’intégration ont été créées respectivement par décrets pris le 31 décembre 2015.
Ainsi, les Commissions de désarmement-démobilisation-réinsertion et d’intégration ont enregistré 74618 ex-combattants dont 1744 intégrés au sein des forces de défense et de sécurité et déployés sur le terrain au sein des Bataillons des forces armées reconstituées. En outre, 1006 ex-combattants anciennement membres des forces de défense et de sécurité et des corps paramilitaires ont été réintégrés.
Des insuffisances sont apparues dans l’application des textes de création et d’organisation des deux commissions qu’il convient de corriger. Les projets de décret du mercredi 29 mars 2023 ont été adoptés pour corriger ces insuffisances en apportant les innovations ci-après : la prise en compte des représentants des mouvements de l’inclusivité au sein de la Commission nationale de désarmement-démobilisation-réinsertion et de la Commission nationale d’intégration ainsi que l’harmonisation des représentations des parties dans lesdites commissions.
Il y a aussi la création d’une Cellule administrative au niveau de la Commission nationale de désarmement-démobilisation-réinsertion ; le changement d’appellation de la Commission d’intégration en commission nationale d’intégration ; la création d’une cellule financière au sein de la commission nationale d’intégration ; la création d’antennes régionales pour la Commission nationale d’intégration.
Oumar KONATE
