Les pressions internationales tendant à priver le Mali de doter son armée ont été vouées à l’échec à cause de la ténacité du colonel Sadio Camara. L’actuel ministre de la Défense ne déçoit plus les nombreuses délégations diplomatiques qui faisaient le tour à la Défense en 2022. Résultat : les livraisons d’avions de chasse et de drones se suivent. Le dernier acte en date fut le 16 mars 2023, confirmant la réussite du choix des autorités de sortir le Mali de la dépendance à l’égard de certains pays qui refusaient que l’armée nationale soit équipée. L’acquisition de certains équipements militaires par les Forces armées maliennes (FAMa) n’aurait pas été possible si Sadio Camara n’avait pas résisté aux nombreuses supplications des Occidentaux.
A cause de sa volonté de trouver de nouveaux partenaires, le colonel Camara avait été évincé du gouvernement par Bah N’Daw, l’ancien président de la transition, et son Premier ministre Moctar Ouane qui prenaient des ordres à l’Elysée. Paris avait fait beaucoup pour se rapprocher de Bah N’Daw qui a fait quelques déplacements dans le cercle fermé des décideurs des chefs d’Etat défendant la ligne de conduite dictée par l’Elysée. Le voyage de Bah N’Daw en France avait fini par se retourner contre son pouvoir, les jeunes officiers ayant fait le coup d’Etat l’ont balayé comme pour dire que Paris ne gère plus à Bamako.
Dès lors, les autorités françaises étaient dans tous leurs états, notamment Jean-Yves LeDrian, l’ancien ministre français des Affaires étrangères. Son président Emmanuel Macron était également fâché au point de commencer à s’attaquer aux nouvelles autorités maliennes. Sadio Camara était déterminé à poursuivre le travail qu’il avait commencé en douce avec les Russes avant l’éviction de Bah N’Daw. Il a effectué plusieurs voyages dans la capitale russe pour nouer des contacts utiles avec les milieux militaires. Le ministre de la Défense du Mali ne voulait plus se contenter de simples échanges.
Le résultat de cette coopération avec la Russie est en train de donner des résultats que l’on peut voir sur le terrain. La dernière livraison d’avions de chasse russes est celle du 16 mars 2023. Les Albatros livrés au Mali par la Russie pourraient atteindre des centaines dans les mois à venir. D’autres types d’avions comme les hélicoptères et d’autres avions de chasse permettent aujourd’hui au Mali d’être une armée bien équipée. Des armements de défense antiaérienne qui n’avaient pas été présentés au public font réagir les anciens partenaires qui auraient dû apporter au Mali ce que d’autres pays font actuellement.
Les Maliens ont mal vécu le blocage des avions achetés par le Mali par les Américains qui ont probablement agi en écoutant les Français. Deux Casa de l’armée malienne ont ainsi été bloqués à l’étranger pendant que les terroristes brûlaient champs et villages, les soldats maliens n’ayant pas les moyens de transport aérien. Comment ne pas citer aussi le refus américain de donner la licence pour l’utilisation des armes équipant les avions Super Tucano que le Mali avait acheté au Brésil ? Quel pays ami ferait une telle abomination ?
C’est à son corps défendant que le Mali est allé voir d’autres partenaires pour équiper son armée d’avions et de drones. La Turquie qui a été l’un des premiers pays à contacter les colonels est en train de livrer des drones aux FAMa depuis quelques mois. La Chine aussi fait de son mieux dans le domaine de l’équipement et des renseignements. En somme, la méchanceté des pays occidentaux a humilié les soldats maliens, mais cela leur a permis de se poser les bonnes questions au sujet de la souveraineté du Mali.
Mali-UE
Les pays de l’Union européenne ont tout tenté et tentent encore de dissuader le Mali sur le choix de ses partenaires économiques et militaires. C’est dans le contexte de ce dialogue qui ne finit pas qu’Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères, a reçu, lundi 13 mars 2023, madame Emanuela Del RE, Représentante spéciale de l’Union européenne pour le Sahel en visite de travail au Mali. On se souvient de l’attitude intransigeante de certains pays membres de l’UE sur le rapprochement entre les autorités de transition et la Russie sur le plan militaire.
Après la France, des pays comme l’Allemagne ont menacé de se retirer des contingents onusiens déployés au Mali. Les pays de l’UE n’entendent pas laisser le terrain malien aux Russes qui sont invités par les Maliens. Mais le problème est qu’ils ne veulent pas partager le même terrain avec les militaires russes. Or, la Russie a donné au Mali les moyens d’avoir une armée robuste capable de défendre le territoire national en quelques mois de coopération. Le Mali qui a eu du mal à obtenir des avions et des armements modernes par l’intermédiaire des pays de l’UE n’entend pas se faire dicter sa politique extérieure par des pays étrangers.
On se demande si l’UE va rester campée sur sa position de vouloir orienter la politique malienne. Lors de l’audience entre Diop et la représentante de l’UE, les deux personnalités ont eu un échange sur plusieurs questions d’intérêt commun tant au niveau du Sahel que sur le plan national. S’agissant du Sahel, la représentante a souligné l’importance capitale que revêt cette zone dans la stratégie de l’Union européenne. Au regard de la place centrale du Mali au sein du Sahel, elle a reconnu qu’aucune réponse durable ne peut y être proposée en ignorant la transition malienne.
Au plan interne, des questions d’ordre sécuritaire et politique, y compris le processus de transition, des thématiques portant sur les missions européennes au Mali ainsi que les questions de partenariats bilatéraux et multilatéraux ont été abordées. Malgré les difficultés ou les divergences de grille de lecture sur certains dossiers de coopération, le chef de la diplomatie malienne et la représentante de l’UE ont souligné la nécessité de poursuivre le dialogue politique en vue d’une coopération plus pragmatique et réaliste. En d’autres termes, les deux parties sont loin d’accorder leurs violons en ce qui concerne la gestion du Mali par les autorités actuelles.
Après avoir combattu le Mali, les pays de l’UE commencent à tenir un autre discours sur les autorités actuelles du pays. Le Mali qui vient de récuser la France comme porte-plume au Conseil de sécurité de l’ONU bouleverse l’ordre qui avait permis jusqu’ici de laisser les questions maliennes aux mains de l’ex-puissance coloniale qui est un membre influent de l’UE. Une plainte des autorités maliennes contre la France reste pendante au Conseil de sécurité. Et c’est la mission onusienne au Mali, la Minusma, qui risque d’être avortée si les désirs du Mali ne sont pas pris en compte par les Nations Unies.
L’autre aspect du dialogue entre le Mali et l’UE est la gestion des affaires internes du pays par les autorités actuelles. Contrairement à d’autres partenaires, les pays de l’UE veulent toujours s’impliquer dans les questions politiques. C’est ainsi que la tenue des élections est régulièrement réclamée par Bruxelles, alors que l’urgence pour les autorités maliennes est la sécurité. Le problème de l’UE est de vouloir chasser les militaires du pouvoir pour les remplacer par des civils taillables et corvéables.
Oumar KONATE
