Le président de l’Union des Comores n’est pas le bienvenu à Bamako alors qu’il était attendu la semaine dernière. Tout est partie d’une bourde diplomatique dans laquelle a été entrainé le chef d’Etat comorien, président de l’Union Africaine. Lors du sommet Afrique-Russie à Saint-Pétersbourg, le chef d’Etat des Comores aurait refusé de poser sur la photo de famille derrière Assimi Goïta et Ibrahim Traoré, le président du Burkina Faso. Selon des sources diplomatiques, le refus du président de l’Union des Comores est lié au fait que le colonel Assimi et le capitaine Ibrahim Traoré sont des chefs d’Etat issus de coup d’Etat.
En réponse au comportement du président des Comores, Ibrahim Traoré et Assimi Goïta ont décidé de ne pas recevoir la délégation de l’Union africaine que le chef d’Etat devrait conduire. Ainsi, le président des Comores a compromis une importante mission de l’Union africaine. En effet, la mission était censée discuter des questions électorales avec les transitions ouest africaines. Ce, afin de réaffirmer sa volonté à ce qu’aucun responsable des transitions ne se présente pas aux élections à venir et qu’ils facilitent l’arrivée de civils au pouvoir à la fin des transitions.
Malheureusement, le colonel président des Comores a tout fait foirer en Russie lors du sommet Russie-Afrique. Le chef d’Etat des Comores n’était pas seul à refuser de poser aux côtés de Assimi Goïta et Ibrahim Traoré. Le président de la Commission de l’Union Africaine, Moussa Faki Mahamat, à lui aussi fait la même chose en plus d’autres présidents comme Macky Sall du Sénégal et bien d’autres. Le président comorien met ainsi en péril plusieurs années de bonnes relations entre son pays et le Mali où beaucoup de jeunes comoriens ont étudié au Mali et au Burkina Faso dans les vingt dernières années.
D’ailleurs, un des conseillers du chef d’Etat des Comores a étudié à Bamako, et ce dernier entretient encore de bons rapports avec ses camarades de Fac.
Faut-il le préciser, au cours de ce voyage en Russie, Assimi a évoqué des sujets qui ne sont pas dans l’agenda de l’Union africaine. Il a abordé l’attente du Mali pour le nouveau mécanisme de paiement des BRICS et la banque d’investissement de ce bloc, au moment où on se demande ce que le Mali fera du franc CFA, héritage de la domination de l’ancienne puissance coloniale. Pour le président de la transition, il s’agit d’une alternative aux habituels financements qui sont contraignants pour les pays en voie de développement.
Pour certains, l’allusion du président malien aux BRICS montrent que le Mali est sur le point de battre sa propre monnaie, puisque les pays de l’alliance des BRICS travaillent avec leur réserve. Or, le Mali entend bénéficier des financements de la banque d’investissement des BRICS et son mécanisme de paiement des transactions. Ce mécanisme sera basé sur les réserves nationales de chaque pays. Le Mali sera ainsi amené à retirer sa réserve d’or de la BCEAO pour pouvoir travailler avec ses nouveaux partenaires. Cette nouvelle arrive alors que la Russie est en train de se retirer du Fonds monétaire international(FMI). La Russie annonce aussi la mise en service de sa monnaie numérique.
Selon des observateurs, le partenariat militaire entre Bamako et Moscou a permis au Mali de reprendre l’ascendant sur les terroristes et de mieux assurer sa défense, a déclaré le Président de la Transition, lors du sommet Russie-Afrique. Cette collaboration a notamment permis de mieux sécuriser les bases militaires, moins ciblées par les terroristes. « Le Mali a un partenariat militaire avec la Russie … Grâce à la Russie, nous avons pu renforcer nos forces de défense, nos services de sécurité et nos forces de l’ordre. L’armée malienne est désormais à l’offensive, nous avons considérablement réduit le nombre d’attaques terroristes contre nos bases militaires et avons pu assurer la sécurité dans de nombreux endroits », a-t-il ainsi expliqué.
Le président de la transition a tenu à remercier personnellement le Président russe, Vladimir Poutine, et le gouvernement russe pour leur soutien. En proie à la violence terroriste qui sévit au Sahel depuis plusieurs années, le Mali a fait le choix de se tourner vers la Russie, après notamment l’échec de l’opération française Barkhane. Moscou fournit ainsi du matériel militaire à Bamako, en particulier dans le secteur aérien. Des hélicoptères Mi-171 ou des avions Su-25 ont par exemple été livrés ces dernières années.
La Russie aide également à la formation des Forces armées maliennes, par l’envoi d’instructeurs. Une collaboration qui n’est d’ailleurs pas un fait nouveau, puisque pratiquement la plupart des officiers supérieurs maliens ont fait leur formation en Europe de l’Est, du temps de l’URSS. En attendant, le Mali est en train de mettre en place des mesures redonnant au pays le pouvoir de contrôler les ressources du sous-sol. Ainsi, après l’audit de l’or, le code minier est en train d’être révisé. Si le président des Comores et d’autres chefs d’Etat de l’Union africaine s’intéressent peu aux questions monétaires, Assimi est en train de travailler pour changer les choses.
La souveraineté monétaire est au centre de l’action de la transition malienne, ce qui passe par des réformes sérieuses. Comme on pouvait s’y attendre, le président Assimi Goïta a décidé de suivre personnellement la mise en application des recommandations du rapport d’audit du secteur des mines. L’un des aspects importants de cette surveillance des 5 mines industrielles est le processus d’acheminement des devises étrangères issues de la vente de l’or malien. Il s’agit d’un réajustement pour le Mali, mais le début d’un bouleversement pour les mines.
Ces recommandations sont articulées autour d’actions phares, notamment : la création de deux commissions dont une pour la négociation et ou la renégociation des Conventions minières et l’autre pour le recouvrement ; le recouvrement des montants éludés, suivant un plan élaboré ; le rapatriement au Mali des produits issus de l’exportation de l’or ; la modification de l’Ordonnance n°2019-022/P-RM du 27 septembre 2019 portant code minier ; l’accélération de la création des Fonds Miniers ; l’adoption du code de l’environnement et du développement durable. Le plan d’action sera mis en œuvre suivant une démarche participative, incluant les sociétés minières elles-mêmes. En outre, il fera l’objet d’une supervision assurée par le Colonel Assimi Goïta.
Ainsi, le 29 mars 2023, le Conseil des ministres a été informé de la remise du rapport de l’Audit des Mines d’or en activité au Colonel Assimi Goïta, soucieux de faire briller l’or pour le peuple malien. L’étude ainsi initiée vise à réaliser un diagnostic global des activités d’exploitation minière au Mali ; fournir un plan d’action et accompagner le ministère de l’Economie et des Finances et celui des Mines, de l’Energie et de l’Eau dans les futures négociations avec les compagnies. Sur le même sujet, le Conseil national de transition (CNT) est convoqué en session extraordinaire cette semaine.
On se souvient qu’à l’issue de la restitution du rapport d’audit, le Président de la Transition a instruit l’élaboration d’un plan d’action de mise en œuvre des recommandations issues de la mission d’audit. Le Premier ministre, ainsi que d’autres membres du gouvernement ont assisté à ladite remise. A titre de rappel, la conduite de l’Audit du secteur minier est une revendication constante, légitime du peuple malien, récemment réitérée avec force lors des Assises nationales de la Refondation.
Nampaga KONE
