Le gouvernement Choguel II, intervenu dans la plus grande surprise des acteurs nationaux, est bien l’œuvre du président de la transition, le colonel Assimi Goïta, qui a voulu certainement opérer un forcing magistral à quelques mois seulement de la fin annoncée d’une époque, dont il a tenté d’imprimer sa touche. Ce qui a paru, pour lui, marquer une volonté de reprise en main des affaires, s’est finalement transformé en un monumental saupoudrage gouvernemental aussi retentissant que dévastateur.
Depuis qu’il s’est décidé, il y a quelques jours, le président de la transition, le colonel Assimi Goïta, à remanier, pour la première fois, l’attelage gouvernemental, après son second coup d’Etat militaire, en installant sur les hautes manches de Koulouba, les commentaires vont bon train, au sein de l’opinion publique, sur le team Choguel II.
En fait, qu’est-ce qui a motivé un tel changement de l’effectif gouvernemental ?
Pour l’essentiel, pour bon nombre d’observateurs, aucun débat d’école là-dessus : dès lors que le référendum a eu lieu, dans le contexte politique que l’on sait, il était attendu de l’homme fort de Koulouba de procéder à un tel changement de l’effectif gouvernemental, même si, là encore, le timing du remaniement, tel qu’il s’est produit, ne fait pas l’unanimité.
Eh bien ! Pour beaucoup d’observateurs, il aurait fallu, pour le maître de Koulouba, d’attendre un tout petit peu, le temps que la Cour constitutionnelle ne puisse se prononcer sur les opérations référendaires avant de décider de quoi que ce soit.
Et voilà, à Koulouba, sous l’emprise du colonel Assimi Goïta, les choses vont vite, et même très vite si bien qu’avant même que l’instance juridictionnelle suprême des élections ne puisse annoncer la sentence, l’homme fort de la transition a cru devoir en imposer sa marque, en vidant en profondeur l’équipage gouvernemental.
Dans les faits, le premier remaniement ministériel, opéré par Assimi Goïta, depuis qu’il s’est installé au palais de Koulouba, en décrétant la rectification de la transition, a poussé dehors une bonne quantité de ministres, tout en recevant autant de nouveaux entrants. De ce fait, il est évident qu’il a été un remaniement en profondeur, comme l’a souhaité le colonel Assimi Goïta, qui a voulu en même temps imprimer sa marque dans la marche des choses, en seulement quelques encablures de la présidentielle, considérée comme l’échéance politique de la fin de la transition.
Pour les départs, beaucoup des proches du Premier ministre Choguel Kokalla Maïga sont concernés. Les proches du maître de Koulouba, dans le même contexte, ont fait leur entrée triomphale dans une équipe, censée apporter un dynamisme certain au travail gouvernemental, mais qui s’est révélé, en réalité, comme un véritable replâtrage gouvernemental.
Dans ces conditions, pour le moins saugrenues, pour un remaniement ministériel, annoncé pour gigantesque, pour le maître de Koulouba, on se demande, chez les observateurs avertis, comment un tel rafistolage de l’équipe gouvernementale peut-elle engendrer de profondes et conséquentes modifications dans la conduite des affaires.
Dans ce chef d’œuvre gouvernemental, qu’il a voulu tenter, le président de la transition, pour l’essentiel, a misé sur ses proches collaborateurs pour espérer donner à l’action gouvernementale un plus grand éclat, tout en voulant garder la haute main sur les affaires d’Etat.
Mais, par ricochet, en se refusant toute ouverture vers d’autres nouvelles compétences nationales, pour ne s’agripper que sur son seul entourage, fut-il arboré de hauts et grands diplômes, le colonel Assimi a fait montre d’une restriction spectaculaire dans l’articulation de l’attelage gouvernemental qui ne tardera pas à montrer ses tares et ses complications dans un contexte politique chargé, pour lui, et pour le pays, d’énormes défis.
Le Premier ministre, lui, quoique affaibli par le départ de nombreux proches, est toujours le maître à bord d’une équipe gouvernementale, revue et corrigée, dans la perspective de la préparation des échéances politiques de fin de la transition, dont la présidentielle de février 2024 constitue un test majeur politique, pour le président Assimi, censé céder le pouvoir à un régime civil.
De ce fait, pour des avis éclairés dans les arcanes politiques, le fait de garder un Premier ministre de la trempe d’un Choguel Maïga, politicien dans l’âme, tout en vidant l’équipe de sa serve politique, est bien un mauvais choix, pour lui, dont il ne mettra pas du temps à mesurer la portée désastreuse sur la conduite des affaires publiques.
Le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, pour ce qu’il est, qualifié par l’opinion nationale de clivant et vindicatif comme il est, à partir du moment où il est tenu par des impératifs politiques, ne peut efficacement pas être cet homme d’action qu’il faut, pour le colonel Assimi Goïta, dans la perspective des joutes politiques à venir, pour la marche efficiente des affaires d’Etat.
D’ailleurs, on le voit, il a déjà entamé son exercice renouvelé à la tête du gouvernement avec une grosse polémique, en s’en prenant directement à l’ancien président AOK, qu’il a qualifié de tous les péchés d’Israël, déclenchant dans la foule de cette sortie inutile sur la scène publique, le courroux des partisans du président Konaré.
Comme Premier ministre en activité, jouissant des attributs d’État liés à cette haute fonction présidentielle, se livrer à de grossières invectives sur la personne d’un homme d’Etat de la trempe d’un AOK, ayant assumé les plus hautes charges de l’Etat, est une faute politique qu’il devrait assumer.
Ce genre de controverses politiques, le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga en a la spécialité. Il s’en est déjà illustré, au cours de son passage à la primature, et n’est pas prêt à le renoncer, en si bon chemin, étant donné qu’il s’en est procuré une sorte de stratégie politique de déstabilisation des adversaires réels ou imaginaires.
Il en résulte, comme on l’a vu, un profond clivage politique qui lui empêche de conduire convenablement les affaires d’Etat à la grande satisfaction du président de la transition qui, lui, devra assumer, seul, le choix incertain et inopérant qu’il a opéré, en permettant à ce Premier ministre clivant de renouveler son bail à la primature, au même moment où la transition, en toute logique politique, devra entamer, en douce voire en beauté, sa dernière ligne, pour sa fin apaisée.
C’est de tout cela, et pour beaucoup d’autres incongruités liées sur le timing de ce remaniement, qui finiront par gripper une machine gouvernementale. Au grand détriment d’un colonel Assimi Goïta, pris au piège de son choix accidentel sur un Choguel, totalement en déphasage des enjeux politiques du moment.
Oumar KONATE
