Le remaniement ministériel que le Mali vient de connaître traduit le renforcement de l’emprise du chef de l’Etat sur l’exécutif à un moment où la transition s’achemine vers son terme.
Au moment où le débat commence à s’intensifier quant à une éventuelle candidature du président de la Transition à la prochaine élection présidentielle, ce dernier opère un réaménagement de l’équipe gouvernementale. Comme pour surprendre l’opinion publique, qui venait de célébrer la fête de la Tabaski, dans une certaine morosité, le chef de l’Etat a choisi d’injecter du sang neuf dans l’appareil décisionnel qui gère le pays, confronté à des difficultés certaines de son existence.
Mais, le constat général au sein des citoyens est que les hommes et les femmes qui font leur apparition autour de la table du conseil des ministres devraient être à la hauteur. « En dehors de la nouvelle ministre de l’entreprenariat national, de l’emploi et de la formation professionnelle, Mme Bagayoko Aminata Traoré, dont je ne peux parler de la compétence, tous les autres nouveaux ministres sont des hauts cadres qui ont fait leurs preuves dans ce pays », commente un observateur averti de Bamako.
Ce qui est sûr, c’est que le président de la Transition a fait confiance à des technocrates qui ont pour la plupart des expériences avérées à faire valoir au sein des départements dont ils ont désormais la charge. Sauf qu’entre somme d’expériences et réalités du terrain administratif, il y a souvent un fossé. Et c’est ce défi que les Col Assa Badiallo Touré, Fassoun Coulibaly, Moussa Alassane Diallo, Bintou Camara, Lassine Dembélé, Mamadou Samaké, Mariam Maïga, etc devront relever. Ils sont très attendus, tant la demande sociale est très forte dans un contexte où le peuple n’est plus prêt à se contenter des discours mais des actes concrets… endroit ligne de l’aspiration au « Mali kura » (changement).
A première vue, avec les entrants et les sortants, l’on peut affirmer que le chef de la Transition renforce son rôle de seul maitre à bord du pouvoir. Ceci, dans la mesure où il semble que c’est le Col Assimi Goïta qui a formé cette nouvelle équipe gouvernementale ; même le décret précise toujours que c’est sur proposition du chef du gouvernement.
Mais l’on retient que la nouvelle équipe voit l’allié politique du pouvoir, le M5-RFP, s’affaiblir avec le départ des ministres Modibo Koné, Modibo Kéita, Coulibaly Founé Wadidié, sans oublier le départ de la ministre de l’Education, Mme Sidibé Dédéou Ousmane. Idem pour le départ du ministre de l’action humanitaire, l’imam Oumarou Diarra, du ministre de l’Urbanisme, du logement et de l’Aménagement du territoire, Pr Bréhima Kaména, tous des autres cadres intrépides issus des rangs du M5-RFP. Ce regroupement politique hétéroclite, déjà fragilisé par sa division en deux blocs, n’est-il pas en voie d’être anéanti par ce remaniement ? Rien n’est moins sûr quand on sait que les cadres du M5-RFP sont difficiles à gérer au sein des cabinets ministériels et surtout à la primature. Ce constat est confirmé par le fait que parmi les entrants au gouvernement, aucun n’a une étiquette affichée comme M5-RFP.
En outre, le chef de l’Etat nomme à la place de la dynamique Diéminatou Sangaré, sa conseillère spéciale dans le domaine des œuvres sociales et de l’assistance humanitaire, le Col Assa Badiallo Touré. Non sans avoir omis de renforcer le leadership de son missi dominici, le ministre Alhousseini Sanou de l’Economie et des finances, dont trois proches fidèles entrent dans l’équipe. Il s’agit de Moussa Alassane Diallo à l’Industrie et au Commerce; Bintou Camara à l’Energie et l’eau, et Amadou Kéita aux Mines.
Par ces nominations, le chef de la Transition prend des galons en termes d’influence au sein de l’équipe gouvernementale et semble faire du ministre Sanou une sorte de Premier ministre de l’ombre, tandis que le chef du gouvernement est affaibli avec ses lieutenants réduits à deux ministres. Il s’agit de lbrahim Ikassa Maïga à la refondation de l’Etat et la ministre déléguée Fatoumata Dicko chargée des réformes politiques et institutionnelles.
Par ailleurs, il faut souligner qu’avec son remodelage, le puissant ministre de la Défense et des anciens combattants perd du terrain par rapport à son influence sur l’appareil d’Etat. Car, il a déjà perdu son homme de confiance, Seydou Lamine Traoré, précédemment ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau, qui avait été considéré par les observateurs comme la chasse-gardée du Col Sadio Camara. A ce niveau, l’on peut se demander si la démission plutôt amère de Seydou Lamine Traoré a laissé des traces en termes d’entente entre le chef de l’Etat et son bras droit qu’est le ministre de la Défense. Nul ne saurait le dire avec assurance. Mais, l’on peut deviner que l’attachement entre Sadio Camara et l’ex-ministre de l’Energie a dû titiller un tant soit peu le climat de confiance entre le patron de la Grande muette et le Chef suprême des armées.
En définitive, le nouveau gouvernement préfigure du nouveau rapport de force, largement en faveur du chef de la transition, véritable seul maître à bord du bateau Mali. Kassoum TOGO
MALI-HORIZON
