Les opérateurs de téléphonie mobile sont le plus souvent ciblés par les consommateurs mécontents de la cherté de l’internet. Or, ces opérateurs sont en train d’obéir à des règles et conditions imposées par l’Autorité malienne de régulation des télécommunications, des technologies de l’information et de la communication et des postes (Amrtp). Ce service vient de lancer une étude qui est censée permettre d’identifier les facteurs de croissance du marché de l’internet, tels que l’augmentation de la demande de capacités de réseau, la convergence des technologies ; d’examiner les politiques réglementaires et les pratiques du marché qui ont un impact sur le marché de gros de l’Internet et des liaisons louées (au Mali, dans la sous-région et en Afrique) ; de fournir des recommandations pour les opérateurs.
On constate que l’Amrtp est au début et à la fin de tout le processus déterminant le coût de l’internet. Au moment où des groupes de consommateurs lancent une campagne de boycott des fournisseurs de l’internet mobile, l’Amrtp se mure toujours dans le silence. Ce service public censé défendre les intérêts de la population a laissé les fournisseurs de l’internet mobile exploiter les gens sans ménagement. Il ne manque plus que les Maliens se mettent ensemble pour poursuivre l’Amrtp devant les tribunaux pour accointance avec les compagnies téléphoniques.
Les opérateurs de téléphonie obéissent à un cadre réglementaire établi par l’Amrtp. Les campagnes en cours doivent plutôt viser l’Amrtp qui a failli à son devoir de veille aux intérêts des consommateurs. Comment comprendre que les forfaits internet soient plus coûteux au Mali que dans les pays où les revenus des consommateurs sont supérieurs à ceux des Maliens ? Il y a une entente discrète entre les régulateurs maliens et les opérateurs de téléphonie mobile dès le départ, et rien n’a changé.
Le même constat existe dans la plupart des pays de la sous-région ouest-africaine, où interviennent Orange Mali et MoovAfrica. Ces deux opérateurs de téléphonie se partagent la majeure partie du marché de l’internet mobile. Et la responsabilité de tout le malheur qu’ils font subir aux Maliens incombe à l’Amrtp. C’est dans ce contexte que le régulateur se propose de recruter un consultant pour mener une étude sur l’internet. A en croire l’Amrtp, cette étude vise la mise en place d’une stratégie durable et appropriée d’orientation des tarifs des offres de gros internet et des liaisons louées des opérateurs vers les coûts, la création d’un environnement de concurrence saine et loyale.
Les autorités estiment que cette étude permettra aussi entre autres de disposer d’un outil ou modèle économique reconnu, éprouvé, par les autorités de régulations des télécommunications, les opérateurs de télécommunications, les organisations internationales (UIT, Banque mondiale) pour calculer les coûts d’accès au marché de gros Internet et liaisons louées au Mali, et déterminer les tarifs de ce marché de gros. Autres objectifs: fournir une analyse détaillée des tendances actuelles du marché de gros de l’Internet et des liaisons louées au Mali ; évaluer la taille du marché, les segments de marché, la part de marché des principaux acteurs.
Pour protester contre la condamnation de deux entreprises à payer plus de 100 milliards de dommages et intérêts à une association de consommateurs, les syndicats de Orange Mali et MoovAfricaMalitel avaient entamé une grève de 5 jours. Ce choix surprenant qui a été ensuite abandonné pouvait coûter plus cher aux deux entreprises. Le manque à gagner pourrait être considérable, surtout que la concurrence va fausser les calculs. Ensuite, les deux entreprises pouvaient perdre des parts de marchés dans l’avenir, avec l’arrivée annoncée d’autres opérateurs de téléphonie mobile.
En réalité, il y a un bouleversement au niveau du marché de la téléphonie mobile au Mali. Au moment où Moov et Orange veulent partir en grève, à Bamako, les jeunes ont décidé de mettre fin au calvaire des consommateurs maliens en matière de services téléphoniques. Plusieurs offres commerciales des compagnies de téléphonie mobile sont jugées coûteuses et non respectueuses des clients. Ce combat qui a commencé il y a quelques jours est appelé à s’intensifier, selon les initiateurs. Ainsi, la pression est plus que jamais forte sur Orange Mali et MoovAfrica Mali, deux géants des télécoms au Mali.
La jeunesse malienne est déterminée à arracher aux deux grands opérateurs de téléphonie mobile la baisse significative des forfaits internet. Pendant plus d’une décennie, Orange et Malitel(devenueMoov en 2021) se sont entendues pour exploiter les consommateurs maliens. Alors que le forfait internet est moins cher dans les autres pays de la sous-région, les deux entreprises qui dominent le secteur au Mali ont maintenu des prix anormalement élevés. Les consommateurs sont les premières et seules victimes de cette arnaque, au moment où l’internet mobile explose au Mali.
Les réseaux sociaux sont devenus les premières sources d’information et de distraction des Maliens qui ne demandent pas plus qu’un juste prix. La jeunesse a finalement pris les choses en main en organisant la première assemblée générale visant à demander la réduction des tarifs de l’internet mobile. La cherté des forfaits est d’autant plus malhonnête que certains réseaux sociaux comme Facebook offrent la gratuité de la connexion à travers leurs satellites. Rien ne peut justifier que les Maliens ne bénéficient pas de ces offres généreuses, surtout qu’elles sont exclusivement destinées aux pays en voie de développement.
Oumar KONATE
