Si l’on scrute ce que la Transition fait par rapport à la bonne gouvernance, l’on ne rend compte qu’il n’ya pas de mieux véritable par rapport au régime passé…
La montagne de la « gouvernance vertueuse » et de la fin de l’impunité promise va-t-elle accoucher d’une souris ? Comme bilan à mi-parcours de cette Transition dite de la rupture, l’on manque de quoi mettre sous la dent.
Les Maliens avaient, majoritairement critiqué le régime IBK comme étant l’un des plus laxistes face au phénomène de la corruption et de détournements de deniers publics. C’est au point que de nombreux leaders politiques de l’opposition d’alors avaient embouché la trompette de la dénonciation pour tenter de rappeler le prince du jour à rectifier le tir ; mais presque rien n’y fit. Et le leader des FARE Anka Wuli, l’ancien Premier ministre Modibo Sidibé avait plaidé que le gouvernement devrait être « aux affaires et non dans les affaires ». Tant des scandales s’étaient multipliés… Ce qui a fait qu’au renversement de ce régime, les nouveaux dirigeants se sont empressés de promettre au peuple une gestion vertueuse des affaires de la Cité, avec un engagement ferme de mettre fin à l’impunité. Mais, à l’analyse, les fruits ont-ils tenu les promesses des fleurs ? L’on peut en douter à bientôt trois ans après la chute de feu IBK.
En effet, comme dans tout régime d’exception, la menace de poursuivre les anciens dignitaires gouvernementaux, sous divers motifs, avait prospéré un moment. Cela a même donné lieu à des arrestations ou à quelques interrogations devant le Pôle économique et financier de Bamako. C’est ainsi que feu l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga avait été arrêté, placé sous mandat de dépôt, détenu, malade, il décèdera en détention, sans que le procès puisse se tenir. Il avait été poursuivi dans l’affaire de l’avion présidentiel et des équipements militaires. Tout comme les anciens ministres Mahamadou Camara, Mme Bouaré Fily Sissoko… Si cette dernière demeure toujours en détention et réclame vainement la liberté provisoire, M. Camara, lui, a déjà bénéficié d’une liberté sous caution. Et tout cela ne permet pas de voir clair dans ces dossiers pour se convaincre d’une quelconque culpabilité de ces cadres. Ce qui veut dire que dans ces dossiers de l’avion présidentiel et des équipements militaires, nul n’est édifié aujourd’hui sur les malversations alléguées, surtout que les uns et les autres affirment à haute voix être innocents des prétendues « surfacturations » évoquées.
C’est au point que jusqu’à aujourd’hui, les Maliens se demandent si ces poursuites ne sont pas finalement des trophées de guerre pour faire croire que l’Etat veut vraiment sévir contre la mauvaise gouvernance. Sinon, pourquoi les procès ne sont-ils pas tenus pour que l’opinion sache à quoi s’en tenir.
Par ailleurs, au titre de cette lutte farouche contre la délinquance financière, l’on n’a plus rien vu, si ce n’est quelques brèves interpellation du maire du district de Bamako, de l’ancien ministre des Affaires religieuses, etc. Si ce dernier a été détenu par rapport à la gestion du pèlerinage un moment, le maire Adama Sangaré a été détenu dans une affaire qui ne concerne pas directement les deniers publics, mais dans un dossier foncier.
En clair, au bilan des actions de lutte contre la délinquance financière durant cette transition, l’on voit qu’il y a plus de bruit de croisades avérées contre des fossoyeurs des finances publiques. Alors que certains observateurs estiment que des actes de gestion de cette Transition en cours ne constituent aucunement des modèles de « gouvernance vertueuse ». A titre d’exemple, que sait-on des nombreux marchés publics passés durant la Transition en cours ? Rien en termes de transparences de chiffres ou de respect des procédures qu’impose l’orthodoxie en la matière. C’est au point qu’un cadre politique proche du pouvoir de Transition, un proche du Premier ministre, en l’occurrence Jeamille Bittar s’offusquait récemment des conditions de passation du marché des cartes biométriques sécurisées pour les prochaines élections. Quel est le coût de ce marché ? Qui en est l’adjudicataire ? Quand est-ce que les appels d’offres ont-ils eu lieu ? Silence et boule de gomme ; Ce qui prouve que le pouvoir de Transition ne semble pas s’inscrire dans la transparence et se plait à observer une certaine opacité dans la gestion des affaires publiques.
En outre, même si certains peuvent se targuer du secret-défense, l’on peine à voir clair dans les nombreux achats d’équipements militaires provenant du partenariat avec la Russie. Quid des rémunérations des instructeurs militaires russes (que certains disent issus du groupe Wagner et que l’Etat dément) ?
S’y ajoutent les concours de recrutement dans la police, non sans suspicions de fraudes, le cas du marché sulfureux d’engrais pour les cotonculteurs, les attributions contestées de logements sociaux, etc. Tous ces éléments font dire que la Transition n’est pas en mesure de présenter, à mi-parcours, un bon bilan de lutte contre la mauvaise gouvernance. Puisqu’elle-même n’apparait pas blanche comme neige dans ce domaine. De là à conclure que la montagne de la gouvernance vertueuse a accouché d’une petite souris, il n’y a qu’un petit pas vite franchi ! Kassoum TOGO
Mali-Horizon
