Le 25 mai, une nouvelle manifestation est prévue contre la Minusma, la mission onusienne au Mali. Mais vendredi dernier, 28 avril 2023, partout au Mali les gens se sont mobilisés pour dénoncer la présence de la mission de maintien de la paix. De Bamako à Kayes, en passant par Gao, la jeunesse malienne a démontré sa détermination à ne plus accepter la mission onusienne sur son sol. Le moins que l’on puisse dire est que la Minusma fait l’objet d’un désaveu populaire depuis un certain temps, surtout que les rapports de la mission accablant l’armée nationale sont mal perçus.
Les choses se compliquent pour la mission qui cherche à renouveler son mandat. Sauf qu’une large partie de l’opinion malienne est défavorable à cette force dotée de plus de 12 000 combattants qui n’ont rien fait jusque-là pour bouter les terroristes hors du Mali. C’est dans ce contexte qu’une grande manifestation a eu lieu dans plusieurs villes du pays contre la présence de la Minusma.
Mais il n’y a pas que ceux qui sont hostiles à la mission onusienne dont le bilan sécuritaire est négatif à tous les points de vue. Les Maliens qui bénéficient de la présence de la force onusienne commencent à donner de la voix. Pour quelques groupes de jeunes, les casques bleus sont aussi une source de revenus. Pour défendre la force, ils déclarent qu’elle donne de l’eau dans des villages, créent des emplois pour des jeunes et assistent certaines communautés avec divers travaux d’aménagement. Pour ces Maliens qui profitent de la présence des casques bleus, l’important n’est pas la gestion de la situation sécuritaire, même si la Minusma n’a pas su remplir son devoir de stabilisation du Mali après plus de 8 ans d’existence.
Les adversaires de la Minusma répliquent en disant que la Minusma n’est pas une ONG, encore moins un service humanitaire. La plus grande déception pour la majeure partie des Maliens, c’est le fait que la Minusma refuse d’aller combattre les terroristes en brousse. Au lieu de stabiliser le Mali, la mission onusienne a brillé par l’absence de résultat sur le terrain sécuritaire. La preuve, lors de la tentative d’attaque d’un camp et de l’aéroport de Sévaré, samedi dernier, les terroristes ont été combattus par l’armée malienne qui a détruit plusieurs voitures piégées.
Tout cela s’est passé au nez et à la barbe de la Minusma qui n’a pas bougé d’un iota, comme d’habitude. Finalement, beaucoup de Maliens sont convaincus que la Minusma elle-même est une partie du problème sécuritaire. En plus de ne pas lancer des offensives contre les terroristes, la mission onusienne se permet de produire régulièrement des rapports à charge contre l’armée malienne. Ces rapports présentent surtout les terroristes abattus par l’armée malienne comme étant des civils. Ces accusations ne passent plus auprès des Maliens qui doutent de la sincérité de la mission.
Un constat : chaque année, à la veille du renouvellement du mandat de la Minusma, les attaques terroristes se multiplient au Mali. Cela fait dire à de nombreux Maliens que la mission onusienne est derrière ces attaques. Les détracteurs de la Minusma sont confortés dans cette analyse par le fait que les missions onusiennes n’ont jamais été un succès dans la gestion des conflits en Afrique. Ce que les Maliens ne veulent pas surtout est de voir une présence prolongée de la mission de l’ONU, alors que l’armée nationale est seule à combattre les terroristes.
Historique
Au départ, la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (Misma), dont le nom dans les documents préparatoires a un temps été la Mission de la Cedeao au Mali (Micema), était une mission de l’UA, initialement menée par la Cedeao, autorisée le 20 décembre 2012 par la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l’ONU en vertu du Chapitre VII, qui visait à mettre fin à la crise politique et sécuritaire découlant du coup d’État du 22 mars 2012. Cette mission avait pour mandat dans un premier temps de reconstituer la capacité de l’armée malienne, en étroite coordination avec les autres partenaires internationaux, en prévision de la reconquête du Nord-Mali, tombé aux mains de groupes armés après le coup d’État du 22 mars. Dans un deuxième temps, la mission devra aider les autorités maliennes à reprendre le contrôle du Nord et à réduire la menace posée par les organisations terroristes qui s’y trouvent. La Misma devait également aider à la sécurisation des institutions maliennes de transition en vue du rétablissement de l’ordre constitutionnel. Elle s’est terminée le 1er juillet 2013 avec la mise en place de la Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma).
Le Mali, longtemps considéré comme l’un des pays les plus stables d’Afrique de l’Ouest, est secoué, le 22 mars 2012, par un coup d’État qui trouve ses racines dans la mauvaise gestion par les autorités maliennes de la crise touarègue dans le nord du pays. Si les touaregs se sont déjà soulevés au cours des dernières années dans cette région où les frontières poreuses favorisent les trafics en tout genre, c’est bien l’afflux d’hommes et d’armes suite à la chute du régime libyen de Mouammar Kadhafi en 2011 qui donne une autre dimension au poids militaire de la rébellion. Les Touaregs s’allient en créant le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (Mnla) et déclenchent en janvier 2012 une offensive avec pour objectif l’indépendance de l’Anzwad, la partie nord du Mali. Dans le sillage du Mnla, quelques groupes islamistes tels qu’Aqmi et Ansar Dine participent également à l’offensive.
Rapidement, plusieurs localités du nord, et les postes militaires censés les protéger tombent aux mains de ces groupes. Les soldats maliens réclament plus de moyens afin de contenir cette offensive menée par des forces mieux équipées. La grogne s’intensifie dans le rang au fil des revers face à l’inaction des autorités maliennes. Le 24 janvier 2012, 95 militaires maliens sont désarmés et sommairement exécutés d’une balle dans la tête à Aguelhok. Le 31 janvier, le chef d’état-major général des armées, le général Gabriel Poudiougou et les responsables politiques de la région sont rappelés à Bamako pour faire rapport aux autorités politiques, mais sur le terrain, les tensions montent toujours. Au cours du mois de février, les troupes maliennes continuent à perdre du terrain et le 10 mars, Tessalit, près de la frontière algérienne tombe aux mains des groupes armés malgré l’intervention de l’aviation malienne.
Le coup d’État du 22 mars
C’est donc la frustration face à ce qui est perçu comme une certaine passivité d’un gouvernement plus préoccupé par les élections à venir que par la gravité de la situation dans le nord du pays qui pousse plusieurs soldats maliens à se rebeller contre leurs supérieurs militaires et civils, provoquant la chute du gouvernement. Le 22 mars, quelques douzaines de soldats armés se rebellent dans le camp militaire Soundiata Keïta de Kati, en périphérie de Bamako, prennent le bâtiment de l’Office de radiodiffusion télévision du Mali (Ortm) avant de se diriger vers le palais présidentiel de Koulouba où se trouve le chef de l’État, Amadou Toumani Touré (ATT). Le palais tombe rapidement entre leurs mains : la junte forme un Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (Cnrdre), procède à l’arrestation des principaux responsables politiques du pays et suspend la constitution. Les élections présidentielles, qui devaient avoir lieu le 29 avril et voir ATT passer le relais à un successeur après deux mandats consécutifs, sont annulées.
Le coup d’État du 22 mars est condamné de manière unanime par la communauté internationale, et la Cedeao évoque dès le 28 mars une éventuelle intervention militaire afin de ramener l’ordre constitutionnel. De plus, une coalition de partis politiques maliens, le Front uni pour la défense de la République et de la démocratie (FDR), se forme pour s’opposer au coup d’État. Pendant ce temps, les groupes armés profitent du chaos régnant à Bamako pour prendre Kidal, Gao et Tombouctou plus au Nord, les trois principales villes du nord du pays. Le 1er avril, le Mnla déclare de manière unilatérale l’indépendance de l’Azawad, alors que le chef de la junte, le capitaine Sanogo, promet un retour prochain à l’ordre constitutionnel. La Cedeao et l’UA poursuivent leurs pressions sur les putschistes et décident d’imposer des sanctions sur ceux-ci.
Nampaga KONE
