Plus rien ne sera comme avant au Mali en ce qui concerne la gestion des mines. Il doit en être pour plusieurs autres secteurs de l’économie dont le commerce et la gestion des subventions accordées aux importateurs de graines. C’est une question d’honneur pour le président Assimi Goïta qui en fait référence dans la future Constitution. En attendant, le président Goïta a décidé de suivre personnellement la mise en application des recommandations du rapport d’audit du secteur des mines.
L’audit des 15 mines du Mali révèle que le Mali ne gagne que des miettes dans l’exploitation de l’or. Pour des analystes, l’un des aspects importants de cette surveillance des 15 mines industrielles est le processus d’acheminement des devises étrangères issues de la vente de l’or malien. Il s’agit d’un réajustement pour le Mali, mais le début d’un bouleversement pour les mines. Les recommandations de l’audit sont articulées autour d’actions phares : la création de deux commissions dont une pour la négociation et ou la renégociation des conventions minières et l’autre pour le recouvrement.
Il y a aussi le recouvrement des montants éludés, suivant un plan élaboré ; le rapatriement au Mali des produits issus de l’exportation de l’or ; la modification de l’ordonnance n°2019-022/P-RM du 27 septembre 2019 portant code minier ; l’accélération de la création des Fonds miniers ; l’adoption du code de l’environnement et du développement durable. Le plan d’action sera mis en œuvre suivant une démarche participative, incluant les sociétés minières elles-mêmes. En outre, il fera l’objet d’une supervision assurée par le colonel Assimi Goïta.
Ainsi, le 29 mars 2023, le Conseil des ministres a été informé de la remise du rapport de l’audit des mines d’or en activité au colonel Assimi Goïta, soucieux de faire briller l’or pour le peuple malien. L’étude ainsi initiée vise à réaliser un diagnostic global des activités d’exploitation minière au Mali ; fournir un plan d’action et accompagner le ministère de l’Economie et des Finances et celui des Mines, de l’Energie et de l’Eau dans les futures négociations avec les compagnies.
On se souvient qu’à l’issue de la restitution du rapport d’audit, le Président de la Transition a instruit l’élaboration d’un plan d’action de mise en œuvre des recommandations issues de la mission d’audit. Le Premier ministre, ainsi que d’autres membres du gouvernement ont assisté à ladite remise. A titre de rappel, la conduite de l’audit du secteur minier est une revendication constante, légitime du peuple malien, récemment réitérée avec force lors des Assises nationales de la Refondation.
Ceux qui s’opposent
Dans ce contexte, des Maliens ne partagent pas la conduite des affaires et multiplient les critiques. Mais les choses se compliquent pour les chroniqueurs Ras Bath et Rose, deux voix discordantes s’attaquant habituellement à la transition. Dans un premier temps, les deux personnes avaient été arrêtées après des déclarations hostiles à la gouvernance actuelle. Tous les deux sont connus du grand public à travers leurs émissions sur la chaîne privée Renouveau TV. Mais Rokia Doumbia dite Tantie Rose ou encore Rose Poivron était surtout axée sur les réseaux sociaux.
Mohamed Youssouf Bathily dit Ras Bath est aussi fréquent sur les réseaux sociaux. Le point commun entre les deux animateurs est de faire une fixation sur les insuffisances de la gouvernance actuelle. Quelques jours après leurs arrestations, les deux ont été extraits par le doyen des juges d’instruction de la commune 4 pour être inculpés d’association de malfaiteurs, d’atteinte au crédit de l’Etat pris dans sa gouvernance judiciaire et politique.
Après leurs interrogatoires de première comparution, le juge d’instruction les a placés sous mandat de dépôt à son tour. Ils font ainsi l’objet de deux mandats de dépôt désormais, dont un du parquet et un autre du juge d’instruction devant lequel d’autres personnes sont visées en plus de Ras Bath et Rose. Dans ce contexte, la situation se complique pour eux car devant un juge d’instruction, il faut compter le temps, selon des analystes.
Ras Bath est, entre autres, poursuivi désormais pour offense au chef de l’Etat à compter de 2023 jusqu’aux 10 dernières années. Cela complique son cas, puisqu’il a eu à faire face à la justice sous l’ancien président IBK. Beaucoup de gens estiment que le chroniqueur est en train de payer son acoquinement avec des hommes politiques ces derniers temps. Ras Bath était de plus en plus fréquent lors des rencontres politiques comme invité.
L’abandon des exemples réussis
Les critiques de Rose concernent surtout la cherté des prix. Les gens s’interrogent sur les raisons qui ont fait que les banques de céréales n’ont pas été réhabilitées par la transition. Depuis la libéralisation du marché céréalier en 1982, les prix sont devenus très instables d’une campagne agricole à l’autre. Dans ces conditions, ce qui est attendu du gouvernement, particulièrement le ministère du Commerce, c’est d’accompagner les subventions accordées aux importateurs avec une politique efficace dont profite la majorité.
Mais personne ne parle plus des banques de céréales, alors que les consommateurs font pression sur le ministre du Commerce pour ouvrir des magasins témoins ; en vain. Selon certaines sources, tous les appels adressés au ministre n’ont servi à rien. Le résultat est que les consommateurs souffrent de l’absence de ces magasins régulateurs que le ministre du Commerce actuel a laissé mourir.
Or, tous les experts sont d’accord que la grande volatilité des prix compromet la sécurité alimentaire des ménages à faibles revenus car ils consacrent une bonne partie de leurs revenus à l’achat des céréales. Parallèlement, l’instabilité des prix constitue une contrainte à la promotion de l’agro-business car elle augmente les risques des investissements agricoles. La question de la sécurité alimentaire qui se pose pour les décideurs politiques est comment réguler les marchés agricoles tout en préservant les acquis des réformes économiques entreprises dans le cadre de l’ajustement structurel.
Il s’agit essentiellement d’utiliser les mécanismes du marché pour assurer à la grande majorité de la population l’accès aux céréales à moindre coût, tout en assurant un environnement de prix incitatifs et stables qui favorise les investissements dans le secteur agricole et des actions d’assistance alimentaire pour les plus pauvres. Pour ce faire, l’Etat doit mettre en œuvre une bonne politique de stockage, afin d’assurer une meilleure régulation du marché. La fonction de base du stockage dans la commercialisation est de réguler l’offre dans le temps et dans l’espace par rapport à une demande relativement constante.
Cette régulation se fait à travers la constitution de stocks pendant les récoltes permettant ainsi de relever le niveau moyen des prix au producteur, d’une part, et de modérer les hausses de prix en période de soudure en augmentant l’offre à travers la mise en marché des quantités initialement stockées, d’autre part. Cependant, cette fonction de régulation a un coût qui doit être couvert par un taux suffisant de retour sur investissement sur le stockage. Le retour sur investissement est fonction de l’écart entre les prix de vente au déstockage et les prix d’achat à la récolte.
Oumar KONATE
