Au Mali, la une saison agricole est sérieusement menacée du fait de la rareté des pluies. Les conséquences de cette situation ne sont pas qu’alimentaires. Elles sont aussi, économiques, hydrauliques, énergétiques, sanitaires et même conflictuels de par le déplacement massif des populations qu’elles pourraient engendrer. Face à la sensibilité de la problématique, les autorités nationales doivent prêter une attention particulière aux cris de cœur des paysans. Ce, en adoptant des mesures préventives.
La saison des pluies 2026 s’avère particulièrement difficile pour le monde rural à bien des égards. A travers l’état végétatif des champs, sans risque de se tromper, on se rend à l’évidence que les signaux de cette saison des pluies sont au rouge. A quelques exceptions près, ce sont des hectares de cultures de céréales et commerciales abîmés par la sécheresse en cette période de la saison censée être abondante.
A ce stade, plusieurs cultures ne pourront plus être sauvées même si par miracle, les pluies venaient à se régulariser. C’est pour dire que le mal est déjà fait dans plusieurs endroits du pays. Il y a péril sur les récoltes. Il ne reste qu’au gouvernement de prendre des mesures palliatives contre les conséquences multiformes de cette irrégularité des pluies.
D’ores et déjà, il convient de souligner la nécessité de revitaliser les services chargés de contrôler l’état végétatif du pays afin d’avoir des données statistiques plus fiables pour prendre des mesures adaptées. Il s’agit de l’Office de Protection des Végétaux (OPV), et de la Direction nationale de l’Agriculture (DNA).
N’ayant pas de données statistiques précises à ce stade, il est difficile d’être concis sur les effets néfastes de l’irrégularité des pluies.
Toutefois, il est évident de constater que ces grandes superficies de cultures ruinées dans de nombreux champs auront des conséquences sérieuses sur la vie socioéconomique de notre pays.
Éventuelles conséquences néfastes sur la vie des citoyens
La rareté des pluies et les déficits pluviométriques au Mali pourrait avoir des répercussions profondes et multisectorielles, touchant principalement l’économie, la sécurité alimentaire et la stabilité sociale d’un pays fortement dépendant de son secteur primaire.
Crise agricole et insécurité alimentaire
Sur le plan de la crise agricole et de l’insécurité alimentaire, on peut noter la chute des rendements due aux retards ou l’insuffisance des pluies perturbent le calendrier des semis. Cela entraîne des pertes massives de récoltes pour les cultures de subsistance comme le mil, le sorgho ou le maïs.
Elle favorise la baisse de production du coton, premier produit d’exportation agricole. S’il pâtit directement du manque d’eau, cela amenuise les revenus de l’État et des paysans. S’y ajoute la flambée des prix. Car, la pénurie de denrées alimentaires sur les marchés locaux provoque une hausse rapide du coût de la vie.
Impact sur l’élevage et le pastoralisme
Il faut rappeler que l’élevage au Mali dépend fortement de la pluie. Son irrégularité pourrait aboutir à un déficit de fourrage. Le Mali abritant l’un des plus grands cheptels d’Afrique de l’Ouest, sans pluie, le tapis pastoral ne se régénère pas, privant le bétail de nourriture. Aussi, le tarissement des points d’eau fait craindre. Cela provoque une transhumance précoce des éleveurs vers le sud, avec des risques d’affaiblissement du bétail.
Conséquences environnementales et hydrologiques
Parmi les impacts environnementaux et hydrologiques, il faudra noter l’assèchement des cours d’eau : Les fleuves Niger et Sénégal, ainsi que les lacs (comme le lac Faguibine) connaissent de fortes baisses de niveau ou s’assèchent. Le tarissement des nappes phréatiques n’est pas à négliger. Les puits villageois pourraient se vider, compliquant l’accès à l’eau potable pour la population. S’y ajoute l’avancée du désert avec son corollaire de sécheresse qui accélère l’érosion des sols et la désertification.
Risques de conflits et déplacements de populations
La concentration des troupeaux autour des rares points d’eau et pâturages disponibles exacerbe les conflits entre agriculteurs et éleveurs. Aussi, faute de perspectives économiques dans les campagnes, les bras valides migrent en masse vers les grands centres urbains (comme Bamako) ou l’étranger.
Crise énergétique et sanitaire
Selon certains rapports que nous avons consultés, l’irrégularité des pluies au Mali peut engendrer une crise énergétique et sanitaire.
Parlant de crise énergétique, il faut noter le déficit d’électricité. Le Mali dépend en partie de l’énergie hydroélectrique. Un faible débit des fleuves réduit la capacité des barrages, aggravant les délestages électriques.
S’agissant des problèmes sanitaires, il faut entendre par là de la réduction de l’accès à une eau propre favorisant l’apparition de maladies hydriques (comme le choléra ou les diarrhées).
Pour atténuer ces chocs, le gouvernement malien, en partenariat avec les institutions et partenaires comme l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) doit prendre des mesures préventives.
Oumar KONATE
